Bonjour Vazaha ou Voyage à Madagascar

Voilà, vous pouvez lire, même je vous encourage à lire et à laisser vos commentaires, vu que un auteur sans lecteur c’est quoi ? Pas grand chose, ok on est pas grand chose en ce monde, mais quand même …

Voici un message
Du peuple malgache

Qui offre en partage
Tout son grand courage :

Notre belle terre
Où règne misère
Entourée de mers
On en est tous fiers

Grelots de sourire
Pour ne pas mourir
Subissons le pire
Sans jamais gémir

D’un petit clin d’œil
Offrons notre accueil
A tous nos aïeuls
Sortis du cercueil

Nos milliers d’enfants
Qui jouent autrement
Sont parfois bruyants
Mais si pleins d’élan

Ne tenons rigueur
Au sort ravageur
Resterons joueurs
A l’abri des pleurs

A tous les vazahas
Crions nos hourras
Et de nos tracas
N’en faisons pas cas

Un homme, une femme, Lui encore très jeune, Elle pas encore vieille, Elle c’est Yasmina, Lui c’est Yamin, 1200 kilomètres en vélo, 170 kilomètres en train, 1400 kilomètres en taxi-brousse, 17 kilomètres en pirogue, 6 kilomètres en pousse-pousse, un certain nombre de kilomètres à pied, des grelots de « bonjours vazahas » tout au long du voyage, de la misère, beaucoup de misère et des sourires et encore des sourires, des paysages à vous couper le souffle, voilà leur voyage à Madagascar.

Ouvrage en recherche d’éditeur, je verrai cela à mon retour… Promis, je ferai tout pour me faire éditer, ça et le reste, pour l’instant je vous ai dit que j’avais revu mes objectifs à la baisse, cela veut dire que pour me faire éditer et terminer ma maison (sauf le trou dans le toit) ce sera à mon retour, merci de votre compréhension…

Forts de cette expérience, Yasmina et Yamin se sont précipités à l’aéroport au mois d’août, Ils ont eu leurs deux cartons sans problème, ce jour-là le vent était calme et tout se passa bien.

Pour emballer les sacoches de vélo et autres babioles ils avaient autrefois des sacs en plastique écossais, vous savez, ces sacs que l’on voit dans les aéroports lors des grandes migrations d’été et qui servent à emballer le tout et n’importe quoi, sacs qui peuvent se replier quand ils sont vides, sacs qui ne coûtent pas cher et qui, luxe suprême ne pèsent rien. Les sacs en question ont rendu l’âme lors de leur voyage au Mexique, ils les ont remplacés par des sacs identiques, même forme, même matière, même usage, sauf qu’ils ne sont pas écossais, l’un est décoré de magnifiques « Winnie l’ourson » rouges et l’autre de non moins magnifiques « Winnie l’ourson » jaunes. Le jaune est pour Lui, le rouge est pour Elle.

Voilà pour les préparatifs, donc aujourd’hui Ils partent.

« France info, France info »

C’est le réveil qui vient de sonner, il est quatre heures et demi du matin. D’un bond Ils sont debout.
Depuis la veille tout est bien rangé dans leur voiture : tout, c’est-à-dire les vélos dans leurs cartons, les sacoches dans les sacs « Winnie l’ourson », le rouge et le jaune. Ils vont rejoindre la sœur de Yasmina qui habite à mi-chemin entre leur domicile et l’aéroport et qui à chacun de leur voyage, gentiment les accompagne et vient les rechercher.

Ils sont un peu serrés dans la voiture, bien que ce soit un break, trois humains, deux vélos et des sacs, c’est un peu juste. Les deux filles sont sur le siège avant droit, l’Homme conduit et Yasmina essaie tant bien que mal de se cacher pour éviter de se faire repérer par les gendarmes, mais les gendarmes dorment encore et ils arrivent sans problème à l’aéroport.

L’avion n’est pas tombé entre Lyon et Paris, il n’est pas non plus tombé entre Paris et Tananarive. Ils ne se sont pas perdus à Roissy.

Durant le vol Yasmina s’ennuie un peu, elle veut savoir quelle heure il est, elle cherche son compteur tout neuf qui fait aussi office de montre dans sa sacoche à main, ne le trouve pas, fouille l’intégralité de ses bagages à main, ne le trouve toujours pas et pousse un grand cri :

– Yamin, Yamin, mon compteur ?- Quoi, ton compteur ???- Il n’est pas dans ma sacoche avant.- Tu es sûre, tu as bien cherché ?- Oui, j’ai regardé partout, pleurniche Yasmina.- Tu l’as peut-être mis ailleurs, répond Yamin.- Non, je ne crois pas.- Yamin ?- Oui.- Yamin, tu te rappelles quand j’ai pesé ma sacoche avant ?- Oui, je me souviens.- Et bien, elle n’était pas fermée et tout s’est renversé.- Oui, mais on l’aurait bien vu ton compteur, s’il avait été par terre, ou dans une cagette, nous avons tout vérifié, souviens-toi, répond rassurant Yamin.- Moi, je ne peux pas rouler sans mon compteur.- Mais si, tu peux.- Et j’aime bien savoir à quelle vitesse on va, et combien de kilomètres on a fait, et combien il en reste, se lamente Yasmina.- Yamin, si je ne retrouve pas mon compteur, on en rachète un à Tananarive, ça doit bien exister des marchands de compteurs à Tananarive.

Yamin promet, Ils chercheront un compteur à Tananarive. Yasmina cesse alors de s’agiter.

Vingt et une heures, heure française Ils atterrissent. L’aéroport de Tananarive est tout petit. Les formalités se déroulent sans problème quand soudain le nom de Yamin résonne partout. Qui l’appelle donc comme cela, que lui veut-on ? Ils ne comprennent pas bien, sont un peu perdus, décident de récupérer d’abord leurs bagages et ensuite de s’inquiéter de ce qu’on leur veut. Un vélo, deux vélos, « Winnie l’ourson » jaune, manque « Winnie l’ourson » rouge et donc les sacoches de Yasmina et tout son précieux barda. Mais forte de ses expériences antérieures Yasmina met dans son bagage à main de quoi survivre, c’est-à-dire ses affaires de toilette, de quoi se changer et les médicaments. Voilà donc pourquoi Yamin avait été appelé, c’était « Winnie l’ourson » rouge qui, perdu, criait au secours, sauf que les hôtesses se sont un peu trompées, « Winnie l’ourson » rouge c’est à Yasmina, « Winnie l’ourson » jaune étant à Yamin. Ils vont faire leur déclaration de perte de bagage, surprennent un peu l’employé quand Ils déclarent ne pas savoir où ils vont dormir ce soir.

Ils remontent les vélos, ouf les tendeurs étaient dans le bagage à main de Yasmina, ils peuvent donc attacher le sac de voyage sur le porte-bagages. Ils se dépêchent, Ils sont presque les seuls dans l’aéroport, visiblement on attend leur départ pour fermer.

Ils se font aborder par deux employés de l’aéroport.

– Vous allez où ?
– A Tuléar.Regards d’étonnement.
– Et vous repartez quand ?- Dans un mois, répondent laconiquement nos deux voyageurs fatigués.
– Si vous  voulez que l’on vous garde vos cartons, ce sera dix euros, proposent les deux hommes.

Yasmina et Yamin n’y croient pas, quelle aubaine, s’ils avaient su, ils auraient évité de les déchirer. Ils s’embrouillent un petit peu dans la date de leur retour, sortent leur billet d’avion, finissent par comprendre que ce sont les employés qui ont raison, lesquels promettent d’être là  au jour et heure dit, Yamin et Yasmina n’y croient pas trop, mais…

Ils sortent de l’aéroport avec un peu, voire même beaucoup d’angoisse. Il fait nuit, Ils ont lu qu’il y avait un hôtel à environ trois kilomètres, Ils devraient pouvoir le rejoindre sans trop de problème. Les lampes frontales sont fixées à l’avant, les petites lumières rouges sont fixées à l’arrière, dehors il n’y a pas grand monde, ils remontent ce qu’ils croient être la nationale qui mène à Tananarive, au bout de quelques centaines de mètres trouvent cette route vraiment petite, déserte et sans la moindre circulation. Ils ont dû se perdre sur un chemin de campagne, font demi-tour, se renseignent, Ils sont bien sur la bonne route, refont demi-tour, un hôtel est indiqué, Ils s’y précipitent, il y a de la place, les voilà en sécurité pour la nuit, Eux et leurs vélos.

Dimanche 4 septembre 2005 : 1er jour Ivato-Antanarivo 30 kilomètres

Yasmina se réveille, il est cinq heures, heure de Paris. Ici il y a une heure de décalage, donc soit il est six heures, soit il est quatre heures, en tous cas il fait jour, peu importe l’heure, on leur a bien recommandé de ne pas rouler de nuit, Ils décident de vivre à l’heure solaire, allez hop les voilà debout.

Premier regard sur Madagascar, la terre est rouge et les bananiers sont verts. Des bicoques entourent l’hôtel, un peu plus loin des rizières, dans les jardinières les géraniums tentent de se refaire une santé. Soleil et nuages se partagent le ciel.

Leur première nuit malgache fut bonne, ni bruit de voiture, ni bruit d’avion, ni trop chaud, ni trop froid et pas le moindre petit moustique.

Premier petit déjeuner, surprise, il est très à la française, café, pain, beurre et confiture.

Yamin prépare les vélos, vu qu’à l’aéroport Ils n’ont pas trop eu le temps. Réglage des selles, des guidons, vérification du gonflage des pneus, vérification des freins, arrimage de leurs bagages sans les sacoches de Yasmina, perdues entre Lyon et Madagascar.

Yasmina a froid, très froid, pourtant Elle a enfilé polaire n°1, polaire n°2 et polaire n°3. Le ciel se couvre et se découvre au grès de ses humeurs, et ses humeurs sont plutôt changeantes. Yasmina s’ennuie un peu et observe ce qui l’entoure.

Son regard est attiré par de drôles de plantes qui poussent le long d’un mur. Ces plantes ont un pied, très haut, très moche, très gris, avec plein d’épines, au bout de ces trucs très moches, de magnifiques fleurs rouges. Yasmina apprendra plus tard le nom de ces plantes « épines du Christ ». La beauté aurait-elle raison des souffrances ?

Mille larmes sanglantes
En bouquets pomponnées
Sous la brise hésitantes
Essayent d’échapper
Aux épines piquantes
Par le Christ léguées

Ca y est tout est prêt, il est sept heures, heure française, il faudra quand même qu’Ils se renseignent sur l’heure locale. Les voilà sur leurs vélos, à eux la liberté, la découverte et la joie de pédaler. Antananarivo n’est qu’à une vingtaine de kilomètres, pour une première journée, l’effort ne sera pas trop intense !

Ils avaient décidé de visiter la capitale au retour, mais vu l’absence de bagages, Ils changent leur programme et avancent la découverte d’Antananarivo en espérant que « Winnie l’ourson » rouge soit dans l’avion du soir.

Il y a un petit vent du Sud, qui correspond à leur vent du Nord, ce vent pique les yeux de Yasmina et ses yeux pleurent. Elle enfile ses gants et chausse ses lunettes spécial vélo. Ces lunettes sont profilées, avec des verres aux reflets multicolores et des verres correctifs clipsés à l’intérieur. Elle se croit une star, mais Elle ressemble plutôt à une extra-terrestre, en tous cas ses yeux ne pleurent plus, c’est le principal, et ces yeux Elle les ouvre grands, grands, grands. Yamin avance tranquillement, lui aussi ouvre grands ses yeux, Il a un peu peur de ce qu’Il voit.

Ce voyage Ils en ont rêvé depuis si longtemps qu’Ils ne veulent pas en perdre la plus petite miette. La route est toute droite, Ils traversent quelques faubourgs, à droite des rizières, à gauche des rizières. Et puis des gens, beaucoup de gens, un grand nombre marche, quelques uns sont en vélo, quelques voitures déglinguées les dépassent à grand coup de klaxon, en laissant derrières elles un épais nuage noir. Yasmina est un peu rassurée, Elle ne ressent nulle agressivité. Elle a toujours en tête l’agression dont Elle fut victime en Turquie et un fond de peur reste accroché dans son cœur.

Cela faisait une semaine qu’Ils étaient en Turquie. C’était au sortir d’un village, la route montait, Yamin devait être deux virages au-dessus et Yasmina pédalait à son rythme. Un vélomoteur s’était mit à rouler à sa hauteur et son conducteur avait commencé à la baragouiner, d’où Elle venait, où Elle allait et si Elle était allemande. En généra

Cela faisait une semaine qu’Ils étaient en Turquie. C’était au sortir d’un village, la route montait, Yamin devait être deux virages au-dessus et Yasmina pédalait à son rythme. Un vélomoteur s’était mit à rouler à sa hauteur et son conducteur avait commencé à la baragouiner, d’où Elle venait, où Elle allait et si Elle était allemande. En général les turcs sont curieux et lient facilement conversation, Yasmina était un peu irritée mais avait répondu poliment, tout d’un coup l’homme avait glissé sa main sous son maillot. Yasmina était terrorisée, après l’avoir violemment bousculé elle s’était mise à hurler « Yamin, Yamin, Yamin ». Ce sinistre individu avait-il senti la détermination de Yasmina à se battre jusqu’à ce que mort s’en suive,  avait-il compris qu’Elle n’était pas seule et que son homme allait le tuer, ou croyait-il que parce qu’une femme avec des bras, des jambes et un visage était une Marie couche toi là ? Toujours est-il qu’il avait abandonné sa proie et fait demi-tour. Yamin ne voyant pas arriver sa petite coéquipière avait fini par venir à sa rencontre. Elle était arrêtée, tremblait comme une feuille morte, maudissait la terre entière et les turcs à vélomoteur en particulier. Depuis, même en France, quand Elle est seule sur son vélo, dés qu’Elle entend un bruit de vélomoteur, Elle se met à trembler. Ici à Madagascar, les vélomoteurs sont extrêmement rares, Yasmina est rassurée, elle risque moins ce genre de mésaventure, et puis Yamin a ordre de ne pas La quitter des yeux dans son rétroviseur.

Ce premier contact avec les Malgaches est donc plutôt rassurant. Il est Dimanche, beaucoup de femmes lavent leur linge dans une eau boueuse et de multiples tâches multicolores agrémentent les talus qui bordent les rizières. Tout est écrit en Français, bizarre, bizarre…

Les voilà bientôt à Antananarivo, Tana pour les intimes. On raconte que c’est la ville des milles soldats, ne serait-ce pas la ville des milles collines ? Des collines il y en a partout. Ils en gravissent une première, c’est raide, au moins 15% de pente et la rue est pavée et glissante, mais leurs muscles fonctionnent bien.

Au sommet de cette colline se trouve le « Palais de la Reine », tout au moins ce qu’il en reste car un incendie criminel l’a détruit en grande partie en 1995 et un cyclone eut raison de ses restes en 2004. L’entrée est payante, trois mille Ils ne savent pas trop quoi, Ils ne comprennent pas bien comment fonctionne la monnaie ici. Ils ont peu d’argent local, juste la monnaie de l’hôtel qu’Ils ont payé en euros.

Yamin ne veut pas abandonner les vélos, Ils hésitent à visiter, finalement Yasmina décide de visiter seule ce site, Elle a peur de regretter toute sa vie de ne pas avoir admiré ce palais fantôme. En fait il ne reste qu’une carcasse de bâtiments, mais vue à 360° sur Tana, Yasmina fait multes photos. Le ciel s’est dégagé et un bleu profond éclaire la ville. Yasmina regarde : quelques immeubles, un fleuve au loin, deux grands lacs et une multitude de petites maisons enchevêtrées sur les collines, et des rizières, et au loin des montagnes, Yasmina est séduite, là voilà déjà amoureuse de ce pays. Attenant au palais fantôme une petite chapelle très sobre à l’intérieur, toute en blanc et marron. Plus loin une dizaine de colonnes, les romains seraient-ils venus jusqu’ici ? Un échafaudage fait de bois entrelacés pourrait rivaliser avec les sculptures modernes.

Une statue toute blanche regarde d’un air songeur les rares touristes et un cactus moche comme un cactus fait face à un arbre qui voudrait bien caresser le ciel.

Une statue de marbre
Etale sa blancheur
A l’ombre de son arbre

Sa jupe relevée
Ne laisse entrevoir
Que des jambes musclées

De son regard songeur
Immobile à jamais
Scrute le voyageur

Peut-être était-elle noire
Avant d’être sculptée
En femme de l’espoir

Yamin attend sagement, fidèle gardien des vélos. Lui d’habitude si réservé est entouré de quelques jeunes malgaches et discute avec eux.

– Vous allez où ?
– Toliary, par la nationale 7.
– Oh là là, vous êtes courageux.
– Comment est la route ?
– Longue, se contentent de répondre les étudiants.

Yamin n’en saura pas beaucoup plus. En revanche les malgaches veulent tout savoir, où Ils habitent, et leurs vélos, Ils les ont achetés où, et combien ils ont coûté, et ne veulent-Ils pas un guide ? Eux sont étudiants, ils essaient de gagner un peu d’argent en guidant les touristes. Mais Yamin explique qu’Il n’a même pas assez d’argent pour payer l’entrée pour visiter le palais, ce qu’Il ne dit pas, c’est qu’Il n’aime pas les guides, Il aime découvrir seul, Il aime être tranquille pour se plonger dans son monde intérieur, seule Yasmina est tolérée, à condition qu’Elle ne jacasse pas trop.

Ils remontent sur leurs vélos et redescendent très prudemment la colline pour aussitôt en remonter une autre. Ils cherchent le centre touristique, le guide ayant dit que c’est là que l’on trouve des hôtels, et le centre est sur une colline.

Yasmina est en forme, mais Elle n’a quand même pas envie de grimper les mille collines de Tana, et ce d’autant plus que la faim commence à se faire sentir et qu’Ils ne savent toujours pas quelle heure il est, vu qu’Ils n’ont toujours pas compris dans quel sens le décalage horaire se faisait et qu’Ils n’ont pas de montre. Mais de centre touristique nenni. En revanche que de misère, d’emblée elle leur saute à la figure, les gens sont nus pieds, vêtus de haillons raides de crasse, des gens pas lavés depuis des siècles, beaucoup mendient.

L’ambiance a un côté très indien, avec des tas de petites échoppes, du monde et de la misère, trop de misère.

Ne trouvant pas le centre ville touristique Ils se mettent à la recherche d’un distributeur automatique de billets, en trouvent un, mettent en pratique leur technique de surveillance, technique mise au point depuis le vol de leur carte bleue à Istanbul.

Là-bas Ils s’étaient fait avoir comme des débutants. Ils essayaient vainement de retirer de l’argent à un distributeur automatique. Il y avait deux distributeurs, Ils bataillaient sur le distributeur de gauche, sur le distributeur de droite il y avait quelqu’un qui semblait retirer de l’argent. Ils allèrent donc sur le distributeur de droite, bataillèrent tout autant. Un individu leur montra comment faire en mettant sa carte « tiens, c’est bizarre » avait remarqué Yasmina « ici on met les cartes dans l’autre sens, c’est-à-dire face en bas, ma foi pourquoi pas ! ». L’individu d’un bond avait pris la carte de Yamin des mains et l’avait introduit dans le distributeur de gauche, cette fois ci ça avait l’air de marcher, restait à taper le code. Yamin commençait à s’impatienter du manège de cet individu et mû par un bon instinct ne tapait pas son code, Yasmina encore très naïve lui reprocha de se méfier de tout le monde et que ce monsieur était là pour les aider et que d’ailleurs Elle avait lu que les turcs étaient des gens très accueillants. Elle Lui dit qu’Il se faisait du souci pour rien, que l’autre voulait juste les aider, finalement Yamin pressée par Yasmina tapa son code. A ce moment là l’individu se sauva et la machine à distribuer des sous ne recracha ni sous ni carte, Ils comprirent alors leur erreur. Sur le coup ils se demandèrent quel tour de passe-passe le voleur avait fait car Ils l’avaient bien vu introduire une carte. Ils repassèrent mille fois le film dans leur tête et en conclurent que la carte introduite devait être un leurre pour la machine et Yasmina s’en voulût, Elle aurait dû le remarquer tout de suite quand cet homme avait introduit une drôle de carte et qu’Elle avait cru que les choses fonctionnaient à l’envers dans ce pays, mais Yasmina est un peu rêveuse. Yamin souvent Lui dit qu’Il ne sait pas dans quel monde Elle vit. Yasmina pense de même de Yamin, Elle a fini par conclure qu’Ils n’étaient pas de ce monde et qu’il fallait s’en accommoder. Cette mésaventure leur coûta  un certain nombre d’euros, le temps de faire opposition le voleur ayant retiré le maximum autorisé.

Maintenant Ils sont hyper prudents et ne retirent de l’argent que dans des distributeurs accolés à une banque ouverte, l’un s’occupe de l’opération et l’autre maintient un périmètre de sécurité d’au moins un mètre cinquante dans lequel nul ne pénètre.

Yamin essaie sa Mastercard, refusée, Ils le savaient, Ils ont tenté quand même, des fois que depuis l’édition du guide les choses aient changé. Yasmina introduit sa carte visa, ça fonctionne, et les explications en français ça aide. Ouf, Ils ne sont plus des clochards.

Reétude du guide à la recherche d’un hôtel. Ils optent pour « Chez Raphaël » remontée d’une colline, rappelez-vous : Tana, ce n’est pas la ville des mille soldats, mais celle des mille collines. La température s’est un peu radoucie et puis de monter des collines, ça réchauffe. Les voilà chez Raphaël, il est midi (plus ou moins une heure, ils ne savent toujours pas), il y a de la place, Ils s’installent, Yamin monte les vélos sur le balcon au deuxième étage.

Ils demandent au réceptionniste de l’hôtel comment faire pour téléphoner à l’aéroport, le réceptionniste se propose de le faire, moyennant rétribution, Ils acceptent mais n’arriveront jamais à joindre l’aéroport. Un peu plus tard, grâce à son téléphone portable Yasmina pourra joindre l’aéroport, mais malgré son insistance, ils refusent de livrer les bagages à l’hôtel.

Très bien Ils prendront ce soir un taxi pour aller récupérer leurs précieux biens. Reste à réserver un taxi. Le réceptionniste se propose de s’en occuper.

– Je vais vous trouver un bon taxi.
– Ca va nous coûter combien ?
– Quarante mille ariarys aller-retour.
– Et si nous prenons un petit taxi, vous savez les 4L que nous avons vues en ville, nous n’avons pas besoin d’un taxi luxueux, propose Yasmina.
– Ils tombent toujours en panne, vous n’êtes pas sûr d’arriver à l’aéroport, répond le réceptionniste.
– Bon d’accord, il faut combien de temps pour aller à l’aéroport ?
– Une demi-heure.
– Rendez-vous à 22 heures alors ?
– Pas de problème.

Ils retournent visiter Tana, cette fois-ci à pied, après les routes pavées, ce sera les escaliers. La faim maintenant les tenaille. Ils ne trouvent pas de vrai restaurant et hésitent à entrer dans ce qui pourrait en être mais qui semble si crasseux, prudemment Ils préfèrent habituer petit à petit leur estomac à une nourriture inconnue. Finalement vers quatorze heures (toujours plus ou moins une heure) Ils trouvent un restaurant qui ressemble à un restaurant, Yasmina glisse un œil, la salle est vide. Un homme derrière le bar semble absorbé par son ordinateur, c’est un français.
– Vous servez à manger ? Interroge Yasmina.
– Bien sûr, installez- vous, répond l’homme.
Il leur présente la carte, tout ce qui est proposé est bien français, style steak frites. Yasmina et Yamin ont dû tomber dans le seul restaurant français de Madagascar. Ca c’est du Eux tout crachés, Ils changent de pays, d’hémisphère même, et tombent sur un français.Ils commandent donc un peu déçus leurs steaks frites.
– Vous êtes depuis longtemps à Madagascar ?
– Non, nous arrivons, et pour la première fois nous n’avons pas trop osé manger n’importe quoi dans la rue.- Oh, il n’y a pas de problème, les petits restaurants sont très bons.
– Et vous, cela fait longtemps que vous tenez ce restaurant ?
– Cela fait six mois.
Yasmina souffle à l’oreille de Yamin : on doit être ses premiers clients.
Le restaurateur les questionne sur leur projet.
– Vous allez à Toliara ? Pas de problème, ça descend tout le long, affirme-t-il d’un ton péremptoire.
Ils sont plus déçus que rassurés, pourquoi s’être tant entraîné à gravir les côtes, pourquoi avoir tant souffert dans le Mont Ventoux si c’est pour se payer une longue descente vers la mer ?

Le repas achevé les voilà partis à la découverte d’Antanarivo. Les petites ruelles cachent de fabuleux trésors, là une demeure coloniale, là une bicoque qui ne paie pas de mine mais dont le jardin caché respire la douceur. Se côtoient les toits en tuile, ceux en tôle rouge et puis d’autres en tôle toute rouillée. C’est la fin de l’hiver et beaucoup d’arbres sont encore dénudés. Des rangées de linge multicolore égaient les balcons. Yasmina vite prend une photo, Yasmina est fascinée par le linge qui pend.

– Yamin, viens vite, regarde, crie Yasmina.
– Où veux-tu encore aller Min, tu vois bien que nous sommes chez les gens.
– Mais non, là il y a un passage, elle est pas mimi cette cour ?

De ruelle en ruelle Ils débouchent sur un long escalier, des enfants endimanchés les précèdent, les attendent et leur demandent des bonbons, Ils refusent, par principe, ne voulant pas transformer en mendiants toute une génération d’enfants.
– Je peux faire une photo ?
Les enfants sont ravis, posent et se regardent sur l’écran avec émerveillement. Une des petites filles est d’une étrange beauté.Ils ne parlent pas le français. Yasmina essaie de leur faire comprendre qu’Elle voudrait leur adresse pour leur envoyer les photos. Un enfant finit par gribouiller quelque chose sur le carnet de Yasmina, mais est-ce bien leur adresse ?

Plus loin toujours sur l’escalier deux jeunes en tenue de sport montent et descendent en courant une vingtaine de marches, après de longues minutes de ce manège, ils étirent leur muscles sur la rambarde de l’escalier, salle de gym, style débrouille.

Sur une place un bâtiment orné de quatre colonnes, c’est l’école de médecine, Ils en déduisent qu’Ils sont bien dans le centre d’Antananarivo, en fait il n’y a pas vraiment de centre individualisé, mais plutôt plusieurs quartiers.

Ils ont marché et marché et marché et aspirent à un peu de repos, un parc les accueille, c’est Dimanche, les familles flânent, des enfants, comme dans tous les pays du monde courent partout, beaucoup sont pieds nus et en loque. Les toboggans sont pris d’assaut. La température s’est adoucie et Yasmina transforme son pantalon en bermuda. Ils s’assoient dans l’herbe, Yasmina observe et Yamin étudie le guide.Ils sont bientôt rejoints par un jeune malgache bien habillé, style petit frimeur.
– Vous êtes français ?
– Oui, répondent poliment nos deux touristes.
– De la Réunion ? Continue le malgache.
– Non de Lyon, répond Yamin.
– Vous parlez bien le français, vous l’avez appris à l’école ? Rajoute Yasmina.
– Oui et dans les livres, j’ai dû abandonner l’école et je cherche un sponsor pour continuer mes études.
Cette phrase, Yasmina et Yamin l’entendront plusieurs fois. Phrase toujours prononcée par des malgaches dont le niveau de vie a l’air bien supérieur au niveau moyen. Sont-ils sincères ou est-ce le moyen qu’ils ont trouvé pour gagner leur vie ? Yasmina et Yamin comprendront vite que dans ce pays chacun se « débrouille », simple question de survie.

Après ce repos bien mérité nos deux voyageurs reprennent leur déambulation, une lumière orangée fait flamboyer les collines. Yamin regarde, songeur, et Yasmina photographie devant, derrière, à droite, à gauche, encore et toujours.
Ils débouchent sur une grande avenue qui s’appelle selon l’endroit avenue de l’indépendance ou avenue de la liberté, tout un symbole. Le marché couvert capte sur ses toits de tuile les derniers rayons du soleil.

Dans la rue de petits étals où l’on vend toutes sortes de choses et notamment de jolis petits tas de fraises en pyramide bien ordonnée avec leur queue coupée. Yamin craque et en achète un tas. Des gamins miséreux les repèrent et s’arrachent les fraises, tendant leurs mains crasseuses. Certains trichent et en veulent deux fois, Yasmina leur fait remarquer :
– Tu as vu tes mains, elles sont toutes rouges, tu en as déjà eues, laisse-en aux autres.
Alors d’un œil complice les enfants rigolent.

Malgré cette pauvreté se dégage de Tana une atmosphère envoûtante de calme et de sérénité, peut-être est-ce la lumière, peut-être parce que ce n’est pas une mégapole, peut-être parce que l’agressivité n’existe pas, peut-être tout simplement parce que la ville fait sa pause du dimanche.

Fatigués, les yeux étourdis de contradictions Ils vont manger dans le restaurant voisin de leur hôtel, c’est un restaurant dans un hôtel un peu plus haut de gamme que celui dans lequel Ils ont échoués. La salle à manger n’est occupée que par des touristes. Là encore les plats proposés sont français.

Retour « Chez Raphaël », vérification auprès du réceptionniste que le taxi est bien réservé.
– Oui, oui, ne vous inquiétez pas, il sera là à vingt-deux heures.

Ils s’informent de l’heure, il est vingt heures, soit une heure de plus qu’en France. L’absence de compteur qui tenait aussi lieu de montre fait qu’Ils sont assez démunis lorsque le soleil est couché pour respecter un horaire. Yamin a la bonne idée de régler l’appareil photo sur l’heure locale, ce n’est pas très pratique, mais demain Ils essaieront de trouver un compteur et une montre.
Ils montent se reposer dans la chambre et s’endorment.
Tout d’un coup tambourinement à la porte. L’heure est respectée à la minute près. Ils sont vite debout. Le taxi n’a de taxi que le nom, rien ne l’identifie comme taxi, c’est une vielle guimbarde, leur souhait de ne pas avoir un véhicule de luxe est exaucé au-delà de leurs espérances. A côté du chauffeur prend place le réceptionniste. Ils ont compris, Ils se « débrouillent ». Arrêt à la station service, le chauffeur met trois litres de carburant. La route leur paraît plus longue qu’à l’aller en vélo, seraient-Ils tombés dans un guet-apens ? Non les voici bientôt à l’aéroport. Le « taxi » va les attendre.

Ils sont en avance, commence alors une longue attente. Sur le côté de la porte d’arrivée hermétiquement close une barrière, derrière la barrière des malgaches. Yasmina se campe derrière la porte, un policier lui demande ce qu’Elle fait là.
– J’attends mon bagage qui n’était pas dans l’avion hier et qui devrait arriver ce soir, explique Yasmina.
– On vous appellera, répond l’homme en uniforme sur un ton désagréable, allez-vous mettre derrière la barrière.
Yamin obtempère sans mot dire, Yasmina obtempère en marmonnant son désappointement. Yasmina n’aime pas les barrières et encore moins se retrouver derrière une barrière.

Arrive l’avion. On ne les a pas appelés. Yasmina se représente devant la fameuse porte.
– On a dit qu’on vous appellerait.Yamin lui attend toujours sagement derrière les barrières.

Arrivent les voyageurs. Yasmina se présente à nouveau devant la porte et se fait encore refouler. Yamin peste contre l’entêtement de Yasmina.
– Ecoute un peu ce que l’on t’a dit, ils vont nous appeler.
– Et s’ils nous oublient ?
– Ne t’inquiète donc toujours pas comme cela.

Une voix au haut parleur égrène une litanie de noms. Ils comprennent qu’il s’agit des voyageurs n’ayant pas leurs bagages, c’est une vraie épidémie.

Puis voilà les bagages et avec eux du personnel d’air France bien reconnaissable avec leur gilet jaune sur lequel est écrit « Air France »Yasmina se précipite. On la laisse enfin passer. Yamin alors la suit. Les bagages défilent, le leur n’est pas là.
Une espèce de camionnette fait les allers-retours entre l’avion et la zone de déchargement. Lorsqu’elle pénètre sous le hangar elle doit escalader un gros rebord de trottoir, elle est alors violemment soulevée et retombe tout aussi violemment, le tout dans un véritable bruit d’enfer, les bagages en sont tout chahutés. Yasmina pense aux souffrances futures de « Winnie l’ourson » si tant est que celui-ci daigne un jour montrer le bout de son nez.

A côté d’eux un jeune européen attend et surveille lui-aussi avec grande attention l’arrivée des bagages. Yasmina entame la conversation :
– Vous avez égaré votre bagage vous aussi ?
– Non, j’attends mon chat.
– Il voyage dans la soute le chat ?
– Oui, il y un endroit pressuré pour les animaux.
– Et ça ne le traumatise pas le chat ?
Coup d’œil hargneux du propriétaire du chat. Elle se mêle de quoi celle-là ? Son chat il l’aime, d’ailleurs c’est pour cela qu’il ne s’en sépare jamais.

Voici « Winnie l’ourson » rouge qui fait son apparition, un grand sourire illumine Yasmina. Les formalités d’usage sont vite réglées. Le chauffeur du taxi les guette et les ramène à l’hôtel pour une nuit sans problème.

Pour la suite il faudra attendre que je revienne et fasse éditer mon ouvrage, si vous laissez vos coordonnées ne manquerai pas de vous tenir au courant…La suite est passionnante de chez passionnante ( à mon avis bien sûr mais aussi de ceux qui l’ont lu), oui vous pourrez partager avec nos cyclotouristes leurs milles aventures : quand le train est tombé en panne, la femme qui a accouché sur le quai, quand ils ont du affronter le feu, et Yasmina qui a fait front à un camion en traversant un pont sur lequel il n’y avait la place que pour un, et les affres du désert, et le coup de chaleur presque mortel, et la bande de sable sur lesquels ils se sont perdus, et la mangrove et ses bêtes piquantes, et les baobabs, et les paysages à couper le souffle et hélas la honte d’être français devant tant de misère laissée derrière soi, et toujours, toujours les sourires du peuple malgache, leçon de vie….Quant au cyclotouriste qui me demandait des renseignements, qu’il me contacte directement par mail, je lui fournirai l’itinéraire, ce qu’il faut voir, où dormir, etc, etc)

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4 réponses à Bonjour Vazaha ou Voyage à Madagascar

  1. Superbe article, et de belles illustrations, merci

    • Françoise dit :

      Merci, qui êtes-vous? Quand je reviendrais de mon périple actuel je ferai éditer mon livre et me ferai un plaisir de vous en envoyer un exemplaire si vous me laissez vos coordonnées. Amitiés

  2. Humm, et oui ça c’est mon pays natal, une pays riche en tous, mais avec des habitants très pauvres merci d’avoir montré une belle image de Madagascar. Nous les Malgaches on est fière même si on est pauvre le sourire restera toujours à la lèvre.
    Merci à Vous 
    Lanto

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