J189 J190 J191 J192 J193 : Ishinca 5530 mètres, victoire absolue…

Cette victoire je l’offre à ma petite fille Heïdi, petite fille de la montagne… J’y suis arrivée car elle m’a dotée de grandes jambes, merci Heïdi…

J189 : Ascension de l’Ishinca J0 : préparatifs

Jeudi 28 juillet 2011

Je suis à Huaraz, je prépare mon expé, voilà plusieurs jours que la Cordillera Blanca me nargue…

Déjà au sortir du canyon del Pato elle m’a fait un drôle de clin d’œil, essayant sans y parvenir de se cacher derrière un nuage…

Elle s’étend  sur plus de 180 km et ne compte pas moins de 680 sommets. Elle va m’accompagner longtemps, longtemps, m’éblouir, me séduire…

A Caraz elle se fait à la fois discrète…

Et si présente…

Puis jusque  Huaraz, sans cesse elle est là, sans cesse elle me regarde et d’un coup d’un seul je suis tombée amoureuse…

Je crois que de toutes les montagnes que je connais c’est celle qui m’a le plus, je ne sais quel mot, j’allais dire envoutée mais non c’est le volcan Imbabura qui m’a envoutée, alors on va dire impressionnée. Oui toutes ces très hautes montagnes à perte de vue toutes blanches, d’où dégoulinent parois abruptes, séracs, stalactites acérés, cascades de glaces et crevasses et bien ça te laisse bouche bée et tu dis que tu dois aller voir de plus près et en gravir un de ses sommets… Son point culminant le Huancaran  6778 mètres est le point le plus haut du Pérou et a… Deux sommets, bin oui il lui faut bien ça à la Cordillera Blanca, deux sommets…

Depuis la non atteinte du sommet de Rutacuba Blanco en Colombie, même si tu as battu là-bas ton record d’altitude, même si ce fût en soi un joli succés et une jolie montagne,et aussi des émotions très fortes,  tu as un peu perdu la belle confiance en toi que tu avais (en fait tu es bien plus forte mais tu ne le sais pas encore…), alors tu ne dis rien à ta famille ni à tes amis, juste tu dis que tu vas faire une pause de vélo et d’internet, ce qui est vrai… Tu ne dis rien de tes projets, quand même tu envoies un message d’amour à tous et tous n’y verront que du feu, sauf un, un qui a tout deviné, un pour qui je suis si « transparente », ce sont ses termes, que tout de suite il a su…

Malgré toutes ces considérations (spirituelles, émotionnelles, mystiques ? Que chacun choisisse le terme qui lui convient ou en rajoute un à sa convenance….), je reste pratique et comme il gèle à 3000, je me dis qu’au-dessus de 5000 avec la règle de moins 1° tous les cents mètres ce ne doit pas être triste… Mes vêtements ne sont pas adaptés, dans ma totale ignorance de cette Cordillère et de l’Amérique du Sud en général, dans ma jolie petite tête je n’allais affronter le froid qu’en arrivant à Ushuaïa, et vu le poids et le volume de mes bagages je me suis délestée avant même le départ de ma grosse polaire, et n’ai pas pris d’anorak, me disant que si ça me manquait je pourrais toujours en acheter sur place, sauf que… Sauf que depuis des mois je lutte contre le froid… Sauf que depuis des mois soit-disant que ce froid est exceptionnel… Sauf que depuis des mois je ne trouve aucun vêtement chaud à acheter et le seul anorak que j’ai trouvé en Colombie, et bien je l’ai perdu… Je cherche une veste un peu « technique », c’est-à-dire vraiment chaude, imperméable à l’eau et au vent, et si possible ne pesant pas trois tonnes, je n’en trouve pas à ma taille, le sur-pantalon, il faut quand même pas rêver… On m’indique le magasin « tatou », il est à coté de la maison des guides et ma nièce m’avait recommandé de m’adresser à la maison des guides de Huaraz, donc c’est parfait.

En chemin je trouve une agence « JM Expedition », je rentre, je me renseigne. Mario le propriétaire connait la barre des Ecrins, le Pelvoux, les vallons de la Meije, la Grave  et parle français, donc il me séduit. Je veux un sommet dépassant les 5300 mètres, oui, plus haut, toujours plus haut, on m’a parlé du Pisco, il me conseille l’Ishinca à 5560 mètres (après coup je pense que c’est parce qu’il a une base avancée à son pied, mais pas grave). Va pour l’Ishinca, je ne signe rien, je m’informe, le prix, la difficulté je ne veux pas quelque chose de  » technique », le matériel, l’organisation, ce qu’il propose, je dis que je repasse le lendemain matin avec mon matériel (duvet, tente, chaussures pour essai des crampons) et confirmer.

Je trouve la boutique Tatoo, une polaire technique Marmott à ma taille qui va s’avérer super bien, elle ne me quitte plus dés qu’il fait froid. Je ne trouve rien d’autre, ils ont pas mal de choses, mais pas toutes les tailles… Evidemment pas ma taille…
J’apprendrais plus tard avec mon guide qu’il faut aller à l’avion une fois par mois avec l’aide humanitaire et les surplus de l’Europe ou des états-Unis pour voir ce que l’on trouve. Déjà que je devais mendier ma nourriture quand je n’avais pas d’argent (je ne l’ai pas fait, préférant avoir faim, mais la prochaine fois je le fais…), si maintenant il faut que je fasse appel à l’aide humanitaire…

Au passage je découvre la zone à touristes , deux places avec restaurants où on peut manger dehors (ici cela ne fait pas partie des habitudes). On peut aussi manger des trucs de chez nous… Je me paierai deux repas (un avant et un après l’expédition).

Les places sont sympas, il y a aussi les hôtels à touristes et même des touristes, peu nombreux, mais là quand même, jeunes, une tête à aller gambader dans la Cordillera Blanca, que je te recommande vivement mon frère avant que tu ne soies un vieux croulant, le sentier lumineux a disparu et la Cordillère explose de trop de beauté et de majesté… Je ne sais quels mots choisir, c’est trop, trop, trop beau, monte-toi une expé là-bas, franchement tu adorerais, la saison c’est juin-juillet-août avec énormément de froid, mais c’est ce froid qui rend la montagne praticable, en dehors de ces mois c’est l’apocalypse, avalanches nuits et jours, chutes de séracs, ponts de neige qui s’écroulent, neige incramponnable, bottage jusqu’aux  genoux et les pentes sont fortes, sans compter les chutes de neige et le vent. En ce moment il faut monter de nuit, mais ça tu connais.

Je me décide donc pour l’Ishinca, le lendemain je prépare mes affaires quasi religieusement, je teste ma tente qui a un problème (difficulté à faire rentrer l’arceau central dans l’œillet destiné à cet effet).

Tout cela me prend un peu de temps , l’organisation des choses est différente pour la montagne et pour le vélo, et la préparation soigneuse du matériel fait partie des chances de succès de l’expédition, oui car monter si haut c’est une véritable expédition. Quand enfin tout est prêt je jette un coup d’œil par la fenêtre (oui la fenêtre est un de mes premiers critères de choix d’un hôtel), et, surprise  : des nuages, cela fait 10 jours que je pédale sans voir un nuage, je pars à l’assaut de la Cordillera Blanca et voilà que le mauvais temps se met de la partie. Je suis un peu inquiète, saute sur internet (que je squatte…) et la météo, ils annoncent du grand mauvais temps pour dix jours avec orages. Je me dis que je vais reprendre la route et revenir en bus quand le temps se sera arrangé.

Je sors, mes pas me conduisent à l’office du tourisme, non la météo n’est pas si mauvaise que ça. Je profite de mon passage ici pour prendre des renseignements sur l’agence que j’ai contactée, ils vérifient qu’elle figure bien dans leur fichier et qu’ils n’ont pas de réclamation la concernant, j’ai dit que j’ai demandé à voir le diplôme de guide de la personne qui m’a reçue et qu’elle m’a dit demain. J’apprends que normalement la licence accordée aux agences doit être affichée.

Forte de ces renseignements je retourne à l’agence (mais sans mon matériel car vu la météo que j’avais consultée j’étais partie avec l’idée que mon projet devait être retardé). Je vois la licence, explique mes interrogations sur la météo, Mario me rassure, je dis que je vais repasser l’après-midi avec mon matériel et confirmer tout ça), ce que je fais en empruntant un moto-taxi, lequel me torpille le dos. J’arrive à l’agence, fermée, rien d’affiché sur la devanture, aucune explication (maintenant je sais qu’au Pérou les gens ferment boutique quand ils en ont besoin quelque soit le jour et l’heure). Le voisinage ne sait pas trop, on me conseille de revenir vers 17 heures, je laisse mon matériel sous la garde du restau où j’ai mangé la veille. Je retourne à mon hôtel en faisant les pharmacies, lesquelles sont totalement incompétentes, te proposant un antibiotique hyper-costaud à la place d’un somnifère… Le temps que j’arrive à l’hôtel c’est l’heure que je reparte. Ouf l’agence est ouverte, la personne qui me reçoit m’explique que Mario n’a pas sa licence, une histoire de papiers, ça devient compliqué mon histoire, Mario est appelé. Il me dit qu’il n’a rien organisé, croyant que je me rétractais vu que je n’avais rien payé, moi je dis que je suis venue l’après-midi comme convenu et que tout était fermé. Bon il organise, il n’a effectivement plus sa licence de guide, il fait appel à un autre guide qui ne sera là qu’à 20 heures, moi je dis que je n’attends pas le guide, je veux me coucher tôt. Le guide ne parle pas français, ça ce n’est pas un problème, sauf que quand j’ai voulu crier « du mou, du mou » et bien dire «Santiago  puedes darme un pocito mas de cuerda » c’est un peu plus long…. Je loue veste, crampons et baudrier, j’essaie mal la veste, je ne vois pas que la fermeture éclair est cassée, de toute façon il n’y en avait pas d’autres, j’essaie les crampons, je n’essaie pas le baudrier, funeste erreur, l’expérience de la Colombie m’a et va encore me resservir et l’expérience du Pérou aussi.., dorénavant je sais qu’il faut vérifier tout mais tout, avant le départ et vérifier ce qui est pris au moment du départ. Je me fais confirmer qu’il y a corde et piolet, il y a. Il est entendu qu’ils viennent me chercher à 7 heures du matin à mon hôtel. Le programme c’est J1 une camionnette nous emmène au dernier village accessible puis nous montons au camp de base n°1 pour acclimatation à l’altitude, J2 nous montons au camp avancé n°2 appelé « Campo Moreno », c’est sur la moraine glaciaire pour se rapprocher et meilleure acclimatation à l’altitude, J3 ascension proprement dite de l’Ishinca et  redescente jusqu’au village, ils prévoient nourriture et boissons, j’ai des pastilles ? Oui, je les prends. L’entrée du parc reste à ma charge. Je vais quand même rajouter vivres de course, chocolats et confiseries (toujours l’expérience de la Colombie, monter à 5300 mètres avec un bol de céréales, un demi-yaourt et rien d’autre, puis tout redescendre et attendre jusque cinq heures pour manger quelque chose, rien à boire non plus, et le guide il avait une bouteille de Gatolate, il a pas partagé… Je me méfie… Moi j’emmène les vivres de course pour tous… Et je prends mon coca pour le matin…

J190 : Ascension de l’Ishinca : J1 montée au camp de base n°1 à 4350 mètres

Vendredi 29 juillet 2011

A 7 heures moins le quart je suis sur les marches de l’hôtel avec mon sac à dos et mes bâtons,mes chaussures de rando aux pieds, à 7 heures 20, ils arrivent (ils = le chauffeur, Mario et le guide), soit-disant qu’ils ont cherché l’hôtel… Nous prenons la route de Caraz ( celle que j’ai faite en vélo, là aussi je n’ai pas refait l’erreur de la Colombie, entre les deux villages choisir le plus près de là où je veux monter, en fait les infrastructures se trouvent dans une des villes et après une camionnette ou une jeep prennent les pistes qui t’amènent à pied d’oeuvre), puis nous remontons une mauvaise piste, mais ça secoue moins que à l’arrière d’une camionnette à bestiaux (l’Imbabura…), pas besoin non plus de baisser la tête sous peine de se faire décapiter…. Nous arrivons à Colomb, tout petit village où nous attendent l’arriero, 3 ânes et la femme de l’arriero.

Le petit âne de deux ans vient juste pour se promener, il est trop petit pour porter, il devra attendre d’avoir atteint l’âge de 4 ans, il ne sait pas que je vais menacer de le manger…

Je trouve le chargement démentiel pour 3 personnes et trois jours, moi comme d’habitude j’ai limité, mais depuis que j’ai vu le guide de Colombie embarquer 1 litre de liquide vaisselle pour un jour et une nuit je ne m’étonne plus de rien, en fait je suis en train de financer le ravitaillement du camp avancé de l’agence…

Mario monte avec nous, je pose des questions, pourquoi est-il avec nous ?  Réponse très évasive….

Le village de haute montagne vit sa vie de village de haute montagne…

Moi je vis ma vie d’andiste (oui on dit alpinisme, andisme, donc je suppose alpiniste, andiste…)

Les ânes se font des mamours…

A moins qu’ils ne s’encouragent mutuellement avant d’être chargés comme des bouricots…

Et même plus encore…

Et les chiens vivent leur vie de chiens, d’ailleurs il fait un temps de chien, oui la tempête annoncée est… Une tempête de ciel bleu…

Ca y est tout est prêt nous partons, mon guide et moi nous sympatisons, la marche d’approche sera longue et somptueuse. Le pas de Mario sur lequel nous nous alignons est régulier et lent, un vrai pas de montagnard de chez nous, moi ça me va très bien. Nous allons marcher plus  de 6 heures dans un paysage grandiose…

Le chemin d’abord large

Il va peu à peu se rétrécir, la Cordillère Blanche est encore très loin…

Alors je triche, je zoom…

Nous allons bientôt quitter les dernières cultures.

Nous abreuver de beau…

Le paysage est de plus en plus sauvage…

Des cascades viennent parfaire le décor…

La Cordillera est encore très loin, la montée se fait tranquillement, les ânes sont très vaillants…

Nous passons quelques verrous glaciaires un peu plus raides, nous remontons une très longue vallée qui me rappelle les sources de la Romanche mais en plus, plus long… L’eau a la même teinte laiteuse que celle des lacs d’Arsine, j’entends déjà des qui vont me dire pourquoi être allé si loin alors ? Parce que, juste parce que…Nous allons bien sûr descendre un rio et remonter de l’autre coté.

Et moi je suis heureuse de chez heureuse…

Et là si je fais l’idiote, ce n’est pas l’ivresse des montagnes, c’est juste mon état normal…

Et je suis même pas tombée…

La traversée d’une forêt d’arbres aux troncs entremêlés sera magique.

Nous continuons de remonter le rio bordé de falaises de granit comme coupées au couteau.

Santiago mon guide m’explique que lors du tremblement de terre de 1970, la montagne est partie en morceaux, le tremblement de terre associé aux avalanches et inondations qu’il a provoquées a été si fort qu’aujourd’hui rares sont ceux d’Huaraz et de Caraz qui en sont natifs… A l’heure actuelle la multitude de lacs qui surplombent la vallée sont tous aménagés pour éviter les inondations, tous les bâtiments possèdent des zones anti-sismiques… Mais bon… Ce qui s’est passé au Japon est là pour nous rappeler que la nature sera toujours plus forte que l’homme et que de croire qu’on peut la dompter c’est pure folie… Comme de grimper une montagne si haute si haute avec un équipement mal adapté… Mais n’est-ce pas le propre de l’homme (et de la femme bien sûr) que de vouloir s’y confronter ?

L’entrée du parc est une étape important de mon expédition…

Une porte, comme une frontière, seuls les initiés peuvent pénétrer…

Derrière un monde enchanté fait :

De rocs…

De cîmes enneigées…

De végétation bizarroïde, normal nous sommes dans un monde enchanté…

De falaises craticulées (oui craticulée ça existe cherchez dans le dico, un jour j’ai écrit un poème sur la femme craticulée… Je vous le livrerai quand je reviendrai…)

Nous marchons encore longtemps, je suis en super forme et ne fatigue pas du tout. Mais quand même mon coté humain persite et après six longues heures de marche j’ai soif, j’ai très soif, je n’ai pas pris assez à boire, le refrain oui le ils s’occupent de tout, oui sauf l’essentiel à boire et j’ai jeté ma bouteille vide de coca à l’entrée du parc (pas par terre, dans une poubelle), ouf un a une bouteille vide, l’eau du rio, une pastille, je dois attendre une demi-heure.

Une pause bien méritée nous réconforte, là pareil je mendie un peu de nourriture…

Et voici que deux nouveaux ennemis surgissent, les taons, et les vaches (pourquoi les vaches ? Vous le saurez bientôt…)

C’est pas une vache ça ? J’ai jamais dit que c’était une vache, j’ai juste dit que nous rencontrons deux nouveaux ennemis….

Nous rencontrons un skieur solitaire, ça me fait envie… Comment était la neige ? Mauvaise… Ouf, je n’ai rien raté…

D’autres ânes sont accompagnés non pas un arriero mais  une arriera, les femmes travaillent dur dans ce pays, les hommes aussi…

Je ne sais combien de kilomètres fait cette vallée, je dirais entre 10 et 20 km, à mon avis plus près de 20…

Et voilà que je retriche…

Nous atteignons le camp de base de l’Ishinca à 4350 mètres et je vais être très émue…

Ca y est, j’y suis…

Un large replat au pied d’une montagne imposante de blancheur. De multiples petites tentes colorées contribuent à donner à l’endroit un caractère hors du commun. Demain elles disparaitront presque toutes…

Le camp est très propre, règne ici un silence impressionnant, une atmosphère étrange, recueillie, chacun s’affaire religieusement, qui à vérifier pour la nième fois son matériel, qui à faire sécher ses affaires sur les pierres, qui à écrire, à lire ou ne rien faire, juste écouter, regarder, penser, tous sont concentrés, je sens (c’est bête ce que je vais dire), je sens que je suis passée dans « la cour des grands », c’est la première fois que je  vais dans un « vrai » camp de base, jusqu’à présent c’était juste un endroit sans personne où on mettait sa tente. Là c’est différent, très différent, au moment où j’écris ces mots alors que je suis en repos forcé avec mon épaule cassée, les larmes encore me montent aux yeux…

Nous installons nos tentes : la mienne, celle du guide et un espèce de tipie qui va servir de cuisine et de salle à manger, bien utile vu les températuress ultra négatives qui règnent ici.

Mario s’en va rejoindre un autre groupe, mais avant me dit que demain c’est le sommet, que je marche très bien et que je peux le faire en partant d’ici et que de toute façon on ne peut tout redescendre en un jour, qu’il faut deux jours, et que il n’y a que trois jours de prévu. Mais c’est quoi cette salade ? Ce n’est vraiment pas ce qui était convenu et ça ne me convient pas. Une fois Mario parti je discute avec mon guide, attends si on part demain matin pour faire l’ascension on se lève à une heure, elle est où la nuit d’acclimatatio ? Je sens encore que je suis en train de me faire avoir, qu’on va me balader un peu sur la neige et que je ne pourrai avoir la force d’atteindre le sommet. J’interroge calmement Santiago, combien de dénivelée, combien d’heures de marche jusqu’au camp de base n°2 ? 500 mètres de dénivelée, 3 heures de marche. Maintenant c’est moi qui décide : demain nous montons au camp de base n°2, nous y dormons et nous n’attaquons le sommet que le jour suivant comme convenu et nous redescendrons tout le troisième jour. Mario revient, je lui dis ce que nous avons décidé, évidemment ça ne lui convient pas. On ne peut tout descendre en un jour, je m’en fous j’ai tout mon temps, on n’a pas prévu quatre jours. Non lui n’a pas prévu quatre jours, là je m’en fous c’est son problème, pas le mien, on aura pas assez à manger, avec ce que j’ai vu monter, le ravitaillement pour son camp avancé, portage que j’ai payé et si on n’a pas assez à manger, et bien on mangera l’âne, celui qui sert à rien et de toutes façons moi je ne partirai pas d’ici avant d’avoir atteint le sommet et j’irais mendier de la nourriture, devant tant de détermination Mario finit par s’incliner, je vais finir par comprendre qu’il m’a rajouté en plus sur son programme établi qui est d’assurer la logistique de son camp avancé. Finalement est décidé que ce soir nuit ici, demain je monte avec mon guide, l’arriero, un âne et le tipi (il devait en avoir besoin pour l’autre groupe, c’est toujours pas mon problème) au camp de base n°2, J3 asension et redescente au camp de base n°1, J4 redescente au village et voiture (tiens là une voiture suffit, forcement y a plus que mon matos…) jusque Huaraz. Il y a encore 6 mois je me serai fait avoir comme une bleue… Je paierai le quatrième jour, ça c’est normal, mais moi je suis ravie de passer un jour de plus dans cette montagne que j’aime comme une folle…

Une fois toues ces formalités réglées, et les tentes montées (merci l’arriero de m’avoir aidée, mais j’ai pas l’habitude, ça me fait tout drôle…), je vais à l’entrée du camp où deux quetchuases vendent des boissons fraiches (réfrigérateur superflu…), oué parce que je crève de soif, je prends deux bouteilles de sprite pour moi et de l’incacola pour mon guide et l’arriero, Mario est allé rejoindre je sais pas qui et je veux pas savoir…

Puis nous allons manger dans le tipie autour du feu (du gaz) et surveiller la montagne qui doit flamboyer vers 17 heures…

Elle flamboiera et m’arrachera encore des larmes…

Les nuages l’auréoleront de mystère…

Tenteront en vain de la cacher…

Puis rougiront de colère…

Avant de laisser place à une nuit étoilée et glaciale (moins 15°).

Il est 18 heures, le tipi nous accueille et nous mangeons d’un bon appétit.

L’heure est venue d’aller se coucher, mais les aventures ne sont pas finies…

Mes deux bouteilles de sprite sont à l’extérieur de la tente, un guide d’une tente voisine me demande de les rentrer à cause des vaches, je ne comprends pas bien, je ne savais pas que les vaches buvaient du sprite mais je m’excécute sans broncher…

Ayant déjà eu froid dans ma tente, je prends mes précautions. D’abord tout ce que je dois mettre le matin est dans mon duvet, et je fais des couches… Les pieds sont au fond de la tente, la veste sans fermeture éclair recouvre le duvet à mes pieds, je dors avec ma veste duvet et bonnet, les vêtements dans le duvet sont installés sur moi, en couche bien régulière, ne laissant aucun morceau de peau découverte, les chaussettes péruviennes seront éjectées, elles grattent trop, je les donnerais à l’arriero… Les deux polaires fines de rechange sont sur le duvet et… Je n’aurai pas froid… Mais…

Dans la nuit une vache se prend les pieds dans les tendeurs de ma tente, pourtant il y a un truc fluo et manque de me tomber dessus, vous imaginez la mort peu glorieuse et les titres des journaux « une femme de 63 ans partie à l’assaut de l’Ishinca meurt écrasée par une vache au camp de base situé à 4350 mètres dans la cordillera Blanca au Pérou. Partie pour, pattati, patata » affreux….

Après cet épisode je me rendors et suis réveillée par des cris loin dans la montagne, ça y est je me dis, il y en a des fois qui tournent en rond longtemps et qui finissent par mourir de froid, d’épuisement (je renouvelle mon appel : quels sont les signes annonciateurs de la mort par épuisement ?). Que faire, si je sors c’est moi qui meurs, je me dis qu’avec tous les guides qui sont ici c’est à eux de réagir, puis les cris cessent. Quelques heures plus tard à nouveau des cris, même réaction, quand même ça fait froid dans le dos et ça me rappelle chez moi, c’était la nuit, il gelait, j’ai aussi entendu des cris, j’ai demandé « vous avez besoin d’aide » réponse incompréhensible, j’ai imaginé, un chasseur, la cheville tordue, agonisant dans le froid. Je renouvelle mes appels, même réponse, j’appelle la police ( ce n’est que la deuxième fois de la journée, dans l’après-midi des jeunes faisaient du rodéo sur la parking verglacé de la station de ski de Valdrôme, j’ai failli me faire écraser en débouchant d’un sentier, un tour ça va, deux tours, troisième tour je relève les numéros et appelle les flics, nous sommes dimanche après-midi, même si il n’y a pas grand-monde il y a les familles aves leurs enfants), donc j’appelle les flics, ils vont me rappeler, j’ai l’impression que les cris sont là quand j’allume la lumière, la police tarde à rappeler, je me munis d’une couverture et d’une frontale et décide d’y aller, à ce moment la police rappelle, je leur dis que j’y vais, ils me disent de ne pas y aller, qu’ils arrivent, c’est vrai qu’un chasseur ça a un fusil et qu’un chasseur des fois ça picole dur. Bon je patiente, un gendarme et une gendarmette arrivent chez moi, ils me disent qu’ils ont vu un 4X4 sur le bord du chemin plus bas, exactement d’où viennent les cris, je leur précise l’endroit, ils vont voir, quand ils reviennent, le diagnostic tombe : un chasseur a perdu son chien et l’appelle… Les gendarmes sont heureux de connaître la femme qui habite seule cette maison isolée dans la montagne, je leur fais visiter ma maison. Lui aussi peint, il me montre ses peintures sur son téléphone, et en plus elles sont drôlement chouettes ses peintures, bref tout va bien.

Les cris vont cesser puis reprendre un peu plus tard dans le nuit, j’apprendrais que ce n’étaient que ceux qui sont arrivés très tard et ceux qui sont partis très tôt… Le silence nocturne ici comme dans tous les pays traversés n’exsiste pas…

J191 : ascension de l’Ishinca : J2 montée au « Campo Moreno » 4800 mètres d’altitude (sobre el nivel del mar comme ils disent ici).

Samedi 30 juillet 2011

Réveil glacial, il a fait moins 15° cette nuit… Même pas froid…

Je paresse un peu au chaud, le desayuno (petit déjeuner) est prévu à 8 heures et départ à 9 heures.

Et je me lève pour dire bonjour au soleil…

Pour demander à ma tente de dire merci pour l’écrin qui lui est offert…

Le tipi il est habitué, mais quand même ça empêche pas de dire merci…

Après un solide petit déjeuner il faut quand même ranger son bazar…

Et c’est parti… Les nuages m’inquiètent un peu, pas mon guide, ils vont effectivement vite disparaître…

Mon guide, délivré de Mario et de son pas lent et régulier, fort de sa jeunesse et de son entraînement, gambade comme un lama, je le ralentis, il obtempère avec le sourire, nous mettrons à peine plus de heures pour monter…

L’arriero est cool de chez cool, dommage que j’ai coupé la tête de l’âne (mais l’âne il a entendu ce que j’ai dit et compris de travers, normal c’est un âne…)

Et mon sommet, l’Ishinca, 5530 mètres de l’altitude, je le vois, bien sûr il m’impressionne un peu, moi, tout là-haut ?

La moraine, comme toute moraine devrait être fastidieuse à remonter, mais je suis tellement fascinée… Voilà, le camp avancé n’est plus très loin…

La place de choix m’est réservée, un petit muret la protège du vent, nous sommes les seuls et resteront les seuls…

Vite j’installe ma tente, je plante pas, dans les cailloux c’est pas possible, désolée ma petite soeur mais là-aussi je mets les cailloux à disposition de l’agresseur, mais à 4800 mètres, y a plus que les cailloux et la glace…

Encore plus vite je me change car rester dans le mouillé de ma transpiration va me tuer les muscles et je fais ce que mes amis « les Chamois Lucois » appellent le « vide grenier », j’étale mes vêtements au soleil, pour qu’ils sèchent, il est une ou deux heures de l’après-midi, dix minutes plus tard je vérifie que rien ne risque de s’envoler, stupeur, tout est intégralement gelé…

Tente et Tipi vont rivaliser de couleur…

Non,là  ce n’est pas un volcan, c’est juste un nuage qui s’amuse…

L’après-midi mon guide me propose de grimper sur une autre moraine pour voir une laguna (nous la verrons en descendant de l’Ishinca), je préfère faire une grande sieste et réserver toutes mes forces pour l’assaut final… Et puis une sieste avec l’Ishinca devant toi, c’est pas tous les jours…

C’est pas possible comme c’est beau, je suis consciente de vivre des moments exceptionnels, uniques, des moments que tu vis une fois dans ta vie, et ces moments je les vis à plein, à plein, c’est comme si tous ces cristaux de neige et de glace me transfiguraient et m’emportaient loin, très,  très loin, un endroit connu de moi seule, attention je vais encore pleurer…

A mon réveil arriero et âne ont disparus, Santiago me dit que l’arriero ne voulait pas dormir à cette altitude, et que de toute façon l’âne s’est sauvé et il s’est sauvé parce que il a entendu que je voulais le manger, mais c’est le petit que je voulais manger, pas celui qui sert à transporter nos affaires. En moi-même je pense que peut-être on avait besoin de lui ailleurs mais l’arriero reviendra demain récupérer le matériel, ça m’oblige juste à tout replier avant de partir (soit à 2 heures du mat), allez pas grave.

Puis je vais rejoindre mon guide sur un rocher, il discute avec un autre guide dont le client avance très péniblement, on dirait qu’il va tomber à chaque pas. J’interroge, qu’est-ce qu’il a ? Il est malade ? Il a le mal des montagnes ? Il a mal aux pieds ? Non il est juste fatigué. C’est impressionnant de voir cet homme au bout de ses forces, chancelant, comme si tout le poids de la terre pesait sur lui, comme si le pas suivant il allait mourir… Et moi je vais être comme cela demain ? Non, moi je suis impressionnante, exceptionnelle. Ces mots me vont droit au coeur, ce n’est pas la première fois que je les entends, mais moi je me connais et connais mes faiblesses et sais que la partie n’est pas encore gagnée, juste je ne pensais pas que le froid serait si intense et que cela allait être dur, très dur.

J’ai demandé à Santiago (Santy pour les intimes) si l’on pouvait manger à 5 heures pour se coucher avec la nuit, pas de problème. Il fait bon dans le tipi autour de l’eau qui chauffe…

La nuit va tomber, et c’est beau à mourir…

C’est beau de tous les cotés…

Les montagnes vont flamboyer, là…

Et puis là…

Mais la plus belle, la plus pointue, celle vers laquelle se tourne tous mes regards, c’est l’Ishinca…

La nuit tombe, elle sera courte, demain réveil à 2h30, il est prévu que je vérifie que Santiago soit bien réveillé (oui le coup de la Colombie, on me le refait pas, on part à l’heure, dans la nuit pour atteindre le sommet au plus tard à 8 heures et avoir des conditions de neige, de météo et notamment de vent acceptables…

J192 : Ascension de l’Ishinca J3 : le sommet, la Cumbre…

Dimanche 31 juillet 2011

La nuit fut tranquille, ni vache, ni cris quelque part dans la montagne ne sont venus la troubler. Le ciel a été dégagé, le froid très intense, la température va descendre jusque moins 30. Mon réveil sonne à 2 heures et demi, je suis révéillée avant. je m’habille, ai un petit problème intestinal (oué ça arrive et ça a son importance, ça veut mais ça peut pas… Ca me gènera longtemps…). Je replie mon duvet, range les affaires que je ne  monte pas dans le sac prévu à cet effet, je veux me mettre de la crème solaire sur le visage, gelée la crème solaire, tout est gelé dans la tente. Vous allez me dire quelle idée de se mettre de la crème solaire à 3 heures du mat, et bien l’expérience m’a montré que c’est pas quand tu as 1000 mètres de vide à droite et à gauche, ou quand tu franchis un pont de neige, ou quand tu galères pour attraper une prise dans le rocher que tu vas te mettre de la crème solaire, donc j’en mets avant et je ne l’emmène même plus avec moi jusqu’au sommet. Pour l’Imbabura mon guide avait vérifié que je la prenais, et bin elle a pas servi, oué bin moi je vous dis qu’au-dessus de 4500 mètres tout devient plus compliqué, alors au-dessus de 5000 je vous dis pas, au-dessus de 5530, je sais pas, je n’ai pas testé…

A 3 heures vingt-neuf comme convenu (enfin une minute avant) je crie « Santiago desayuno, desayuno Santiago ».  Je suis sûre que Santiago il en parle encore, il a jamais vu ça la cliente  toute prête et qui s’assure que le guide est bien réveillé. Donc nous désayunons, je sais plus quoi, des oeufs sûrement, du pain et une tisane dans le tipi près du gaz.

A quatre heures nous sommes partis, ma frontale éclaire super bien, j’ai pris le soin de mettre des piles neuves, des fois c’est à de petits détails comme ça que ça passe ou ça casse… Première difficulté un rio à traverser, les pierres sont recouvertes de glace hyper glissante. Mon guide manque de tomber, du coup il met ses chaussures coques. Moi je n’ai que mes petites chaussures de rando décathlon qui ont l’avantage d’être légères et de pas me faire mal aux pieds, mais si je mets le pied dans l’eau c’est foutu. J’ai l’avantage sur Sandy d’avoir mes bâtons, lui n’a que son piolet. Je suis hyperconcentrée. Arrive un deuxième rio tout aussi verglacé, je continue à être hyper concentrée. Je vous rappelle qu’il fait nuit, très très froid. Puis nous remontons le reste de la moraine, ça va, j’ai froid aux cuisses malgrè mon collant Odlo, deux pantalons millet et un coupe-vent décathlon, mais ça va.

Nous arrivons au pied du glacier. Le temps d’enfiler les crampons et de mettre le baudrier, (c’est mon guide qui le met et il bataille pas mal), je me refroidis les cuisses et ne me les réchaufferai plus avant la descente…

Il n’y a pas de photos de la montée, d’abord il fait nuit, ensuite je suis trop concentrée à mesurer mes efforts pour y arriver qu je ne risque pas d’en prendre…

La prise-pied sur le glacier est extrèmement raide et en glace. Premier pas, surprise, mes crampons mordent à merveille, je n’ai jamais connu ça en France et cette qualité de cramponnage va se poursuivre même dans la descente, je pense que c’est du au froid extrème. Deuxième pas, surprise aussi, mauvaise celle-là, j’ai les cuisses entravées par le baudrier.Je suis comme les ânes que je vois quelquefois au bord de la route et c’est affreux. Nous sommes dans un passage un peu délicat, impossible d’arranger ça là. Je sors du passage, mon guide va essayer de me réharnacher, je serais embêtée avec ça entre les cuisses toute la montée. Pourquoi n’ai-je pas essayé ce baudrier à l’agence, pourquoi je ne l’ai pas mis avant de partir comme je le fais d’habitude, encore trop de confiance dans le guide et dans l’agence… Je monte bien, je suis super acclimatée et n’ai toujours ni mal de tête, ni nausées, ni essouflement, ni le coeur qui cogne, rien. Mon guide me propose de faire la directissime, c’est plus raide mais moins long. Non merci, je sais que je suis très très limite, je marche à pas mesuré, la pente ne me dérange pas, non ce sont les muscles de mes cuisses, il ne faudrait pas me bousculer, je ne me relèverais pas. A un moment je perds le crampon droit, ah oui j’ai oublié de dire que j’ai un pied plus court que l’autre et pour les chussures de rando j’achète deux paires, si quelqu’un a le problème inverse du mien on peut s’arranger… Je continue lentement, m’économise au maximum et puis je fatigue, alors je ralentis, je perds mon crampon gauche, mon guide me le remet, après ils ne bougeront plus. Passages raides et moins raides alternent. J’attends avec impatience le lever du jour et le soleil pour me réchauffer. Je commence à compter mes pas, 60, et je recommence, 60, puis je m’arrête , oh pas longtemps quelques secondes, à 60 puis 50 puis 20 et je continue ma lente progression et franchement je suis vraiment limite, le jour finit par se lever, le soleil reste caché derrière des nuages qui se sont subrepticement approchés, il fait toujours aussi froid, l’espoir de me réchauffer au soleil s’est envolé… Une minute d’arrêt pour avaler un morceau de chocolat, ça ne passe pas, alors nous continuons.

Quand même je fais un timide sourire… Les espèces de bosses que vous voyez ce ne sont pas des traces de pas, non la neige est comme ça ici, pas d’étendue plane, tu m’étonnes que le skieur il ait pas pris son pied, ce n’est pas une neige à skier, entre les irrégularités et la glace, briiiii, mais le cramponnage, trop, trop bien.

Qu’il est loin, qu’il est loin le sommet. Quand même il finit par se rapprocher. Arrive la pente antésommitale à 70°, le guide m’a prévenue, si j’ai des difficultés il m’aidera, voire me tirera. Premier coup de piolet traction, surprise, il mord divinement bien dans la neige, autre surprise, les muscles des bras fonctionnent à merveille, il faut dire que depuis le temps qu’ils poussent, retiennent , portent, ils sont bien entraînés et là, eux, ils sont bien au chaud, j’ai un sous-vêtement doux, une polaire fine odlo, la plus chaude, ma polaire orange de vélo, la polaire marmott, ma veste duvet et l’anorak avec la fermeture éclair cassée, mais il y a des scratchs et c’est à peu près fermé. Cela me fait dire que je ne peux plus partir si haut sans surpantalon en duvet… Et curieusement de faire du piolet traction ça soulage mes cuisses et je gravis cette pente sans problème et même avec aisance…

Quand même des fois, je respire quelques secondes et mon guide n’a pas besoin de me tracter ni même de m’assurer à corde tendue, la classe quoi…

Et le sommet est là, 20 mètres de pente douce, un ressaut de 2 mètres. Nous l’atteignons à 7H40, ce qui n’est pas mal, normalement il est prévu de l’atteindre à 8 heures. je suis heureuse, heureuse, heureuse, au retour je vais écrire « Un sommet à 5530 mètres, des températures avoisinnant les moins 30°, des pentes de neige atteignant 70°, des crevasses, des séracs, du beau en veux-tu en voilà, le 31 juillet 2011 à 7h40 du matin heure locale péruvienne la plus heureuse des femmes avait atteint le sommet d’Ishinca malgrè les muscles de ses cuisses très très limites à cause du froid et de l’équipement défaillant. Beau temps, couvert par moments, qualité de neige (cramponnable) surprenante, jamais connu ça en France (le froid ?) . Je crois que là j’ai tout dit…

Nous ne nous éternisons pas au sommet, il fait toujours très froid et le vent souffle.

Rapidement quelques photos…

Ne me demandez pas le nom, je ne sais pas, moi je sais juste que c’est beau et que si je ne veux pas passer le reste de ma vie ici je dois redescendre…

C’est beau à mourir mais moi je ne veux pas mourir…

Impressionnant…

Je ne crie pas encore tout à fait victoire. Après la montée il y a la descente et il convient de ne pas relâcher son attention, il est bien connu que la majorité des accidents arrivent à la descente. Nous entamons la descente de la pente à 70° je vais la descendre de coté, à corde tendue quand même mais sans aucun problème,  sans aucune apréhension, juste je reste concentrée. Décidemment je ne suis plus la même. Nous rencontrons deux suisses qui montent avec leur guide, je regarde leur matériel, bon ils ne se sont pas équipés ici… Vu comme je descends mon guide décide d’emprunter la directissime. Arrive une combe, une combe au soleil et sans vent, ça y est je commence à me réchauffer, je demande à mon guide si on peut s’arrêter là, pas de problème. Mon guide est parfait, à mon écoute, professionnel, sympa en plus, merci Santy, si j’y suis arrivée, c’est aussi grâce à toi.

Je laisse tomber la tension, j’arrive à manger un peu, pas encore à sourire, je suis la plus heureuse des femmes, je sais que ça a passé juste, mais ça a passé…

Je découvre un passager clandestin…Qui vient gentiment se loger dans mon gant que je peux enfin oter (dessous j’ai quand même des mitaines) le temps d’avaler un peu de chocolat…

Il y a des ours dans la Cordillère blanche, ils ont peur des hommes, se cachent, Santiago en a vu un, une fois… Santiago est guide de très haute montagne, il m’a raconté comment il est devenu guide, une passion, la montagne là, une agence pas loin de chez lui, une envie très forte, Santiago a quarante ans, il est très très fort en montagne, il a une femme et une petite fille dont il me montrera les photos et il trimbale son nounours, et bien moi des choses comme ça, ça me touche… Et voilà que je vais repleurer, une vraie maladie ces pleurs… Santiago m’a appris les fleurs et aussi le nom de tous les sommets, il m’a raconté aussi la forêt amazonienne, qu’ils appellent ici la selva, son travail, le travail des guides là-bas, dur, bien payé (pour ici), mais très dur, la selva est entièrement quadrillée, chaque millimètre en est explorée par les américains à la recherche de pétrole, et contrairement à l’idée reçue, je l’ai vérifié en Equateur, l’Amazonie ce n’est pas plat… Peut-être que j’irai refaire un tour en Amazonie en Bolivie… A suivre… Pour l’instant je suis immobilisée à Ayacucho avec mon épaule cassée… Ce qui a l’avantage de me donner du temps et de vous faire rêver à l’Ishinca… Regardez une photo, fermez les yeux et laissez-vous emporter, Monica je sais que toi tu le feras… Monica la courageuse qui chaque jour mène son combat…

En plus d’être beau c’est instructif, regardez les couches successives de neige…

Nous poursuivons la descente, c’est beau…

Mais beau, beau, beau et des fois impressionnant…

Un pont de neige ne m’inspire pas, je teste son rebord avec mon bâton, il s’effrite, je demande à mon guide la permission de passer 50cm plus haut, la permission m’est accordée… Oui, quand on a un guide, un vrai, pas un qui a pas la trouille au ventre, qui fait tout faux, ne plante pas la tente au bon endroit, ne se réveille pas le matin, vous laisse faire la course en tête et sans corde au milieu des crevasses et du brouillard, vous dit de déboter avec vos bâtons, lesquels sont nases maintenant…), Santiago est un vrai guide, il est compétent, et j’ai toute confiance en lui, donc je ne fais pas n’importe quoi…

Plus loin des plaques grises, j’explique à mon guide que chez moi en Europe c’est signe de glace, donc si on peut éviter on évite, sinon on fait gaffe, il me dit que je peux y aller sans problème, donc j’y vais, c’est un peu plus dur mais ça cramponne toujours aussi bien, je ne sais si les conditions de cramponnage à cette saison sont toujours aussi bonnes, mais là c’est exceptionnel, paraît-il que ce froid aussi est exceptionnel, oué au lieu de moins trente t’as moins vingt, mais quand même je pense que ça fait une différence…

Un lac glaciaire explose de beauté farouche, dessous il y en aura un deuxième, et plus loin encore un, c’est pas possible comme c’est beau…

C’est moi qui vais finir par exploser de tant de beauté… Le mauvais temps ne nous rattrapera pas, juste il rajoutera une touche de blanc au décor…

C’est beau à tomber par terre, mais ici chute interdite. Chute interdite ça me rappelle une des transdioises, il y avait trois groupes, un groupe famille, handicapés ( en engin exprès j’ai oublié le nom) et les ânes, un groupe « normal » et le groupe « chute interdite », bien sûr j’étais dans le groupe chute interdite, au passage un grand merci aux organisateurs, à Françoise et Philippe et à tous les bénévoles pour cette magnifique randonnée…

Et moi voilà où j’étais…

Oui, j’étais là, tout là-bas, tout là haut, c’est MON Ishinca…

Un dernier petit sourire à la caméra…

Et nous quittons le glacier…

Quel bonheur de me défaire de ce baudrier (appelé ici harnais) qui m’entrave les jambes, quel bonheur de m’être réchauffée et de sentir à nouveau mes cuisses qui marchent à merveille, bref que du bonheur. Santiago m’avait presque décidé à aller au sommet du Pérou, il faut 10 jours et vu comme je marchais, comme je montais et descendais les pentes à 70°, il a pensé que j’en étais capable, mais moi, j’ai bien senti que j’étais « limite », et la température avec 1000 mètres de plus et l’équipement que j’ai, il vaut mieux ne pas tenter, j’irai à la catastrophe et je me connais pas mal… Et c’est comme pour l’Imbabura, j’ai mon beau sommet, tout beau, tout beau, tout beau, je le garde bien précieusement en moi, je ne veux pas le gâcher, il est là à vie, en moi…

La descente sur la moraine sera pour moi facile, les cascades sont encore gelées…

Les rios aussi…

Adieu Ishinca…

Coucou Laguna…

Bonjour végétation…

D’autres montagnes escarpées vont éclairer notre descente…

A l’arrivée au camp avancé « Campo Moreno » il n’y a plus rien, comme prévu l’arriero et son âne sont remontés et ont tout redescendu. Ouf je ne suis pas comme l’homme d’hier, je descends allègrement et nous atteignons sans problème le camp de base. Ma tente est déjà montée, pas au même endroit, près de la tente du camp avancé de Mario…

Le tipi n’est plus là, il en avait donc bien besoin ailleurs, qu’est-ce qu’il a raconté aux autres… Je ne le saurai jamais…L’arriero et l’âne sont-ils descendus hier l’un parce qu’il avait peur de dormir à 4800m, l’autre parce qu’il craignait que je le mange… Je ne le saurai jamais…. Mario est redescendu, je ne le verrai que le lendemain à l’agence. Je vais (enfin) aux toilettes, les toilettes dont j’avais bénéficiées l’autre jour sont parties, elles étaient à une autre expédition. J’ai trouvé ces toilettes géniales, une tente toute en hauteur, un trou qui sera ensuite bouché avec de la cendre. En attendant le camp est hyperpropre, aucun papier ni emballage vide ne traine, les andinistes sont devenus des gens responsables et les gardes veillent à tout.. Je vais donc aux toilettes à l’autre bout de camp et j’en profite pour visiter le refuge.

Je crois qu’il y a 6 refuges dans la Cordillère Blanche, tous italiens, le refuge est beau, on se croirait en France, juste il est désert… Les agences trouvent plus leur compte à dormir sous tente et je crois que les andinistes aussi préfèrent, c’est une expérience unique…

Rares aussi sont ceux qui préfèrent le cheval à l’âne.

J’aimais mieux l’autre emplacement, des fois que le moraine avance d’un coup et nous engloutisse…

Tout ici reste figé dans la glace…

Je ne sais plus si le midi nous avons mangé, je me rappelle avoir fait une grande, grande sieste, avoir été réveillée par de bonnes odeurs de cuisine, hélas aussi par un poste de radio qui diffuse ce que je croyais être un match de foot, qui est un match de basket… Ce genre d’engins devrait être interdits dans les camps de base… Je vais découvrir la musique andine d’ici qui n’est pas du tout celle que l’on vend aux touristes, c’est une musique qui ressemble beaucoup à la musique asiatique, viendrait-elle du fond des temps ? Viendrait-elle de quand les deux continents étaient reliés?

La nourriture sera délicieuse, après avoir menacé de manger l’âne on me donne du cuy (cochon d’inde), je crois qu’ils se sont dit, oh, la, la celle-là il faut s’en méfier…

La montagne comme tous les soirs à 5 heures s’allumera, les étoiles brilleront, la nuit sera glaciale, je n’aurai pas froid, et le matin tout sera blanc…

J193 : Ascension de l’Ishinca J4 : descente du camp de base, retour à Huaraz

Voila, le jour s’est levé, la montagne éclate toujours de blancheur, il a encore fait très froid, moi avec mon échaffaudage de polaires je n’ai pas eu froid…

Petit déjeuner, pliage des tentes, rangement du matériel, c’est maintenant mon quotidien, dormir au-dessus de 4000, c’est aussi devenu mon quotidien.

La descente sera resplendissante, je persiste à dire que de redescendre par où on est monté n’est pas un problème, on voit les choses différemment…

Allez, c’est parti…

Et  ça continue à être beau…

Ne jamais relacher son attention, même quand c’est « à vaches », certains y laissent leur vie…

Un p’tit coup de lac d’Arsine pour les connaisseurs et les guibertins…

Une petite variante, nous n’allons pas franchir le pont mais descendre le rio par sa rive droite…

Les pics acérés nous menacent…

Les fleurs éternellement sourient…

Une porte s’ouvre…

Et se referme… Adieu Ishinca… Adieu Cordillera Blanca… Non pas adieu, au revoir, la Cordillère Blanche réserve une bonne surprise à notre abuelacyclofluomamitacassée, vous le saurez plus tard…

La petite photo souvenir classique…

Un p’tit coup de forêt magique pour la route (qui est encore longue même si la cyclo machin gambade comme une chamoiselle (qu’elle est d’ailleurs, elle est aussi ours, les intimes comprendront…)

Il y en a pour qui la chute est vraiment interdite…

L’irrigation ancestrale est là, toujours et encore, même si elle s’est modernisée…

Je revois les champs de fleurs bleues que j’ai remarquées ailleurs, mon guide m’explique que c’est un genre de haricot à écosser, plus bas les graines sont plus grosses, moi je croyais, vu le bleu intense, que c’était pour faire de la teinture…

Retour des arbres…

Retour des villages…

Retour à Huaraz et à l’agence. Petites explications avec Mario le propriétaire :
1) si je n’étais pas montée en trois jours comme prévu initialement je n’y serais pas arrivée, mon guide approuve.
2) la fermeture éclair de sa veste est cassée.
3) les crampons se sont défaits deux fois
4) son harnais (baudrier) c’est de la merde, le mieux est de le jeter…
Je paierai mon quatrième jour, je dirai mon problème de froid aux cuisses, il va me sortir de sa boutique un pantalon duvet où on peut en mettre quatre comme moi, datant du millinaire précédent… Il ne me proposera pas de me redonner tous les vivres de course et chocolats non utilisés, de toute façon je les aurais donnés, juste pour la forme… Allez je ne me laisse plus avoir comme avant… J’ai écrit un poème en anglais « Alas she can’t cry » que j’ai d’ailleurs exposé avec mon oeuf et les médecins qui le cassent avec ma main dedans (le thème c’était les oeufs, c’était Pâques)…

Et bien maintenant la petite Françoise she can cry, une apostrophe et un t en moins…

Voili, voilou, c’était l’ascension de l’Ishinca, 5530m, mon record d’altitude, une victoire absolue, que du bonheur, j’espère vous éclabousser un peu de ce bonheur… Bisous tout le monde…

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10 réponses à J189 J190 J191 J192 J193 : Ishinca 5530 mètres, victoire absolue…

  1. Enzo dit :

    Excellent !

    Je vais même le relire une deuxième fois, tant il m’a ravi cet article !

    Je suis un peu (complétement) silencieux depuis… deux mois, mais je n’ai pas loupé un seul de tes articles.

    Je vais t’envoyer des cartes pour la Bolivie, mais tu trouveras peut-être mieux sur place.

    Je vais également t’envoyer un itinéraire idéal pour traverser la Bolivie et le Nord du Chili. Juste une suggestion…

    Que te vaya bien chica !

    Enzo

    • Francoise dit :

      Oh, oui, merci Enzo. J’ai quatre incontournables : le lac Titicaca, ma fille m’a investi d’une lourde mission, je dois apporter un calendrier à la femme qui les a accueillies elle et sa copine sur une des multiples îles, le salar d’Uyuni, moi je VEUX le voir, l’Aconcagua, comme ça, chut, secret, le désert d’Atacama, il est à l’origine de mon projet, et bien sûr Ushuaïa, quand même faire un saut à la Paz, juste parce que c’est la capitale, je sais Sucre, la Paz… Et je suis ravie que le récit de mon ascension d’Ishinca t’ai plu, ce fût vraiment de grands moments de bonheur et d’émotion… Et le pont où on doit tirer ou pousser son vélo, je zappe, pas à cause du pont, à cause des barbelés et du rio à traverser… Bisous à toi et Corinne

  2. JANODOU dit :

    Je reste sans voix et sans mot devant ta performance et devant de telles merveilles.
    Admiratif ! Imagine la richesse de ton livre lorsque tu parviendras à rassembler tout ce que tu as vécu depuis le 21 janvier et tout ce que tu as encore à vivre. Lors de sa publication, je descends te voir pour que tu me dédicaces ton oeuvre.
    Quel périple, mais quel périple tu vis !
    Bises à toi Françoise, tu es extraordinaire !

    • Francoise dit :

      Merci Jean-Luc, j’espère bien que l’on se verra avant, je te rappelle que nous avions rendez-vous en février 2012 à Ushuaïa, le rendez-vous n’est pas annulé, juste il est reporté pour toi comme pour moi. En ce moment je vis des moments difficiles, toi aussi je sais… Ne tarde pas trop à repartir… Ne te soucie pas des saisons, de toute façon c’est mission impossible de traverser un si grand continent avec toujours le soleil. Après il faut juste s’adapter… Voilà, j’apprends tous les jours… Si j’avais mis des pneus adaptés je ne me serais pas cassée… Voilà, merci , bisous, et dés que tu peux repars… Oui je suis bien consciente de vivre quelque chose d’extraordinaire mais je vais me répéter : renoncer à ses rêves c’est quelque part mourir un peu, ne pas se donner les moyens de réaliser ses rêves c’est être très très con, excuse-moi du terme… Je vais quand même modérer, il y a des gens pour qui le rêve doit rester à l’état de rêve, ils sont heureux comme cela et c’est leur droit. Rebisous et à bientôt et l’Ishinca, trop, trop, trop bien…

  3. Monica dit :

    Quel récit émouvant. Tu veux savoir : j’ai commencé à pleurer quand tu zoom sur l’Ishinca avant le camp de base à 4350 mètres tu écris :  » et je vais être très émue… » Alors là, le torrent de larmes est parti et j’ai pleuré jusqu’à la fin comme une madeleine devant la beauté de cette nature vierge, la montagne blanche qui flamboie, tes efforts pour atteindre le sommet, et tout et tout… est émouvant, sublime….
    Merci Francoise de nous faire partager tes émotions et de nous offrir ces moments magiques.

    • Françoise dit :

      Que je suis heureuse Monica, que je suis heureuse d’avoir déclenché chez toi tant d’émotions, de t’avoir fait partager les miennes… J’ai l’habitude de dire qu’une oeuvre artistique, quelle qu’elle soit, si elle est juste belle et qu’elle ne déclenche chez personne aucune émotion tu peux la jeter à la poubelle… Voilà je suis heureuse… Les souffrances que je vis en ce moment, pas que les douleurs physiques, l’attente… De voir les températures remonter, le ciel se couvrir, et la pluie qui va te retomber sur la tête quand tu vas partir… D’aller au gymnase, de me faire mal aux genoux et aux cuisses parce que l’appareil n’est pas adapté à ma morphologie et de plus savoir si il faut que j’y retourne ou que j’arrête, et bien rien que pour toi ça vaut le coup… Et puis mon fils aîné est si fier que je n’abandonne pas… Alors je continue, j’espère t’offrir, à toi et quelques autres, encore de belles émotions. Bisous Monica toi la plus courageuse

  4. ARDUIN-BOREL Mylaine dit :

    Merci à l’épaule cassée, sans cela, nous n’aurions eu de telles photos, et un si beau récit.
    J’attends ce que tu à promis dans ton récit, une fois repartie.
    Si tu repart, controle tout, de A à Z .
    Et cette épaule comment va t elle ?
    Il va falloir que tu te trouve comment ceux qui font de la moto ou du VTT de descente
    des protections totale du buste, (j’en ai 2 à la maison) un peu trop loin pour te les envoyer
    et elles te seraient bien trop grandes vu les cabarit de mes 2 gugus.
    Bisous, continue je te soutiens mais pendant 15 jours je ne serais pas à la maison, nous partons
    en Bretagne. Je retrouverais tes histoires début octobre.

  5. Françoise dit :

    Oué, finalement l’épaule cassée a du bien, sauf que je suis en train de me redéclencher une épicondylite à tapoter sur mon ordi sans table ni chaise, enfin chaise j’ai eu, la table que j’ai eue, elle est plus basse que la chaise, pas suffisamment pour que je m’asssoie dessus et que je mette mon ordi sur la chaise…… Je t’ai promis quoi ? T’emmener au sommet de la calotte des agneaux ? Faut y mettre la même qualité de neige que dans la Cordillera Blanca… Et comme ces dernières années je l’ai vue noire… Allez le Grand Area c’est plus simple, on part des Guibertes… Bisous

  6. Jacques dit :

    J’ai d’abord parcouru rapidement; je reviendrai très vite lire en totalité; très belles photos.
    Bravo Françoise !

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