J27 : passage d’un col à plus de 4000 mètres (4118m)

Jeudi 17 février 2011

Rincon de la Venta – 1ère posada dans le descente sous des trombes d’eau et à peine7°

31,24km

Vmoy :  6,2 Vmax : 31,24

Température : 8 ° avec des pointes à 23°

Dénivelée positif :786 m (c’est faux, j’ai surveillé mon compteur tout le lonf j’i fait plus de 1100 m, et aussi selon la carte, dénivelée négatif : 485m selon compteur

Dénivelée positif selon altimètre :  H.S.

Heures sur le vélo : 4H58’29 »

Départ :8h30

Arrivée : 16h30

Résumé de l’article : (pour ceux qui roulent ou les flemmards ou les gens normaux que mon délire n’intéresse guère)

  • Objectif atteint : col du Condor à 4118mètres d’altitude ·       Conditions météorologiques : 8° au départ, 7° à l’arrivée, 23° au milieu, petit vent glacial, 3 heures de soleil réglementaires, puis nuages, puis brouillard, puis neige, puis pluie diluvienne ·       Etat de santé : état d’épuisement chronique, pour le reste rien de grave, pas de mal des montagnes

    ·       Degré d’euphorie : élevé

    Alors là les diois vous sortez la Clairette et les non diois vous sortez le champagne. Du vélo à 3000 mètres d’altitude je n’avais jamais fait, du ski, oui. Mais du vélo à plus de 4000 mètres d’altitude, ça non, du ski d’ailleurs non plus, et surtout il ne faut pas oublier les 118 mètres derrière le 4000 car bien sûr ce sont les plus difficiles, surtout quand on te fait le coup du Mont Ventoux (pour les cyclistes), il te reste deux virages, sauf que là c’est pas deux c’est six, et que bien sûr les nuages t’ont rattrapée, et que depuis déjà un moment tu cours après les petites bulles d’oxygène qui sont passées on ne sait où et quand tu crois en attraper une, erreur c’est une grosse fumée noirâtre d’un camion poussif.

    Commençons par le commencement : je sais que je dois passer un col à 4118mètres d’altitude, je sais que la chose ne va pas être aisée, alors je me prépare, physiquement et mentalement. Pour la préparation physique le repas du soir c’est raté, pas grave. Je calcule le temps qu’il me faut, je suis à 3000 mètres, j’ai 1100 mètres de dénivelée à faire, j’ai un peu observé le temps qu’il fait : le matin il fait froid et vers midi les nuages envahissent la montagne, en gros si tu ne veux pas rouler (euh enfin rouler est un bien grand mot, vu que le plus souvent je pousse), si tu ne veux pas rouler dans des conditions météorologiques exécrables tu as un créneau de trois heures, ce qui évidemment n’est pas suffisant, mais je vais essayer de faire au mieux. Le soir je range un peu mes affaires, je décide de partir vers 8h30, donc je mets mon réveil à 7heures, car là c’est sérieux quand même la montagne à plus de 4000mètres, faut pas trop plaisanter avec ça. Mon réveil petit premier prix est complètement nase, il faut dire que je l’ai choisi parce qu’il était léger, et qu’il s’éclairait, mais surprise quand j’ai ouvert l’emballage, il fonctionnait avec de grosses piles bien lourdes, et en plus le réglage est approximatif. Je mets donc mon réveil, entrouvre la fenêtre vu le risque d’intoxication au gaz, mais j’ai l’habitude de dormir même par moins vingt avec la fenêtre ouverte, il suffit d’avoir de bonnes couettes, là ce sont des couvertures un peu lourdes mais ça va, je ne veux pas sortir mon duvet pour gagner du temps demain. Je dors, suis réveillée en sursaut par un boucan d’enfer, c’est mon réveil, et stupeur il est six heures, bien sûr je ne me rendormirai pas, bon tant pis, je survivrai. Je me lève à 7 heures comme prévu, inspecte le ciel, pas trop top, je ne sais si ce sont les nuages de la veille qui ne se sont pas encore dissipés ou ceux de la journée qui sont déjà là. Dans la cabane il fait 13°, je ranime le feu, le feu c’est mon truc, je vais brûler jusqu’au dernier morceau de bois… Je prépare mes petites affaires (au passage cela va bientôt faire un mois que je suis partie, les choses n’ont pas encore trouvées leur place et je passe toujours beaucoup de temps à chercher mes affaires et à me faire des frayeurs croyant que je les ai perdues, c’est dingue comme on, on  enfin moi, d’autres peut-être pas, on a besoin de se raccrocher à du matériel, mais pour l’instant, à part mon crayon, ma demi-gomme et mon surligneur, tout me sert… Mon surligneur c’était pour marquer l’itinéraire emprunté, mais je raconte tellement mon voyage aux gens, leur faisant découvrir leur propre pays que mon itinéraire il est imprimé dans ma tête), je déjeune devant un bon feu de bois, le soleil atteint juste la cabane, il est 8heures30, il fait 8°, je pars. J’ai trois polaires sur le dos, des collants, un pantalon polaire et des chaussettes de laine. Je pédale (je le signale, car des fois je me dis que pour ce que j’entreprends un âne serait mieux adapté… Je pédale plus que je ne pousse, cela ne va pas durer longtemps, vais bientôt plus pousser que pédaler, je trouve quand même que je manque de ressort dans mes jambes, il va falloir que je surveille un peu plus mon alimentation et surtout il va falloir que je me repose plusieurs jours d’affilée, c’est ce que je compte faire à Merida. J’ai mis mon compteur en mode altimètre, je sais qu’il y a un décalage de 300 mètres, je n’ose essayer un reréglage de peur de déglinguer encore un peu plus le truc, je me mets dans la tête que je dois faire 1000 mètres, me disant que les derniers cent mètres ce sera du bonus… Le ciel est plutôt laiteux et le cristallin d’hier a disparu, la montagne recommence à devenir inquiétante, parfois oppressante, je vois derrière moi une énorme masse nuageuse, je me dis que la course engagée contre les nuages va être difficile à gagner. A environ trois cents mètres (en dénivelée) de la Venta, il y a un refuge en cas de fort vent mais le portail est fermé, il y a un numéro de téléphone à La Venta, je ne sais trop comment ça fonctionne. En attendant du vent il y en a, pas trop fort mais glacial, j’enfile mon coupe-vent que je ne quitterai plus de la journée. Quant à mon bandeau polaire il va faire des aller-et retour jusque vers 3500, puis restera sur ma tête. Mes mitaines resteront bien sur mes mains, et mes gants polaires aussi, sauf le gant droit le temps d’une photo. A 3400 mètres d’altitude les salades cessent de pousser, mais les chevaux paissent, à 3600 mètres , même les humains désertent la région, et bientôt ce n’est plus qu’herbe rase, pierres et une espèce de plante grasse basse dont j’ignore le nom. Sous le soleil la température affichée à mon compteur est de 21°, elle va même passer à 23° quelques minutes, mais la sensation est glaciale, peut-être le petit vent froid… La montagne est grandiose. La route excellente et presque déserte va d’abord grimper la montagne au-dessus de La Venta, puis va passer sur une autre vallée, la grimper, puis elle va enjamber une autre montagne, et quand on croit qu’on est arrivé au col, et bien non, elle rechemine le long d’une montagne pour finir par la grimper et enfin (après les six virages type les deux derniers du Ventoux) arriver au vrai col. Plus je prends de l’altitude, plus le paysage devient montagne majestueuse où bientôt seuls auront droit de cité les pierres, quand même quelques fleurs réussissent à pousser. Sur la gauche plusieurs pics acérés dont le plus haut s’appelle (je n’en suis pas sûre) le Pic de la Culata. Consciente de la difficulté de ce que j’entreprends aujourd’hui, je ne force pas trop sur les pédales et si c’est trop dur je pousse, je crois bien que j’ai du pousser 99% du temps, mais l’objectif que je me suis fixée est d’y arriver, si possible avant les nuages, mes chances de gagner la bataille (avec les nuages, car y arriver quand j’ai décidé j’y arrive…) s’amenuisent de minute en minute, je bois beaucoup de coca, suce quelques bonbons des belges, repousse l’heure du pique-nique, je me dis que je mangerai quand j’aurai fait 800 mètres de dénivelée, en attendant je décide d’avaler ce que je crois être une barre de céréales donnée par les belges, horreur c’est une saucisse directement importée d’Allemagne, si j’avais su elle aurait été la bien-venue hier… Dans cette ambiance très montagne et assez spectaculaire, je finis par faire mes imposés ( les 800 mètres) et que vois-je ? Un restaurant. Pour une somme très modique j’ai une excellente soupe, une excellente arepa, différente de celles que j’ai mangé jusqu’à présent, peut-être est-elle faite avec une autre farine que celle de maïs et un verre de jus d’abricot. Dans ce pays ils font des jus de fruits avec tous les fruits, il les mixent, rajoutent eau (pas beaucoup) et sucre, c’est délicieux, c’est plein de vitamines, plein d’énergie et ça ne donne pas la turista. A l’intérieur du restaurant il fait froid, je leur demande si je peux manger dehors au soleil à l’abri du vent, aussitôt dit, aussitôt fait, comme d’habitude j’ai ma petite cour de curieux, maintenant je leur demande de corriger mon espagnol, sinon comment progresser ? Et je les fais voyager dans leur propre pays, je leur raconte aussi la France quand ils me le demandent, bref je me comporte comme il faut. Eux m’apprennent aussi plein de choses : le téléphérique de Merida est toujours fermé, samedi il y a une parade de 2000 chevaux à Merida, je vais essayer de voir ça. L’espace de quelque secondes je me dis qu’une sieste au soleil à l’abri du vent aurait été un moment de pur bonheur, mais je ne veux pas mettre ma vie en péril, ici les conditions sont très difficiles, notamment les conditions climatiques et il ne faut pas traîner. J’ai toujours les yeux rivés (quand même je regarde la montagne) sur l’altimètre de mon compteur, enfin arrive les 4000mètres je suis heureuse, heureuse, si heureuse que je perds de précieuses minutes à photographier les nuages qui se lancent à la vitesse grand V à l’assaut de la montagne, mais là ce n’est pas photographier qu’il faudrait mais filmer, c’est impressionnant, cela part en volutes, ça va dans tous les sens, ça vous envahit, vous laisse puis vous reprend pour ? Ne plus vous quitter… Dans la folle course du nuage et de l’abuela, que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut le nuage qui gagna, ce fut d’ailleurs bien pire, mais suspens, suspens… Voilà patiemment, lentement, laborieusement même nous voici, moi, ma bicyclette et ses monstrueux bagages au « colado del Condor », le plus haut col du Venezuela, 4118mètres, le temps d’une petite bafouille avec des touristes vénézueliens, avec une jeune femme qui vend des souvenirs (qui au passage m’invite chez elle à Chachopo, mai j’y suis passé avant-hier et je ne rebrousse pas chemin), le temps de m’informer sur ces drôles de friandises qu’ils vendent, le temps de quelques photos… Et ? Que croyez-vous qu’il arriva ? Je vous rappelle qu’il y avait une bataille engagée entre les nuages et moi, bien sûr ce sont les nuages qui ont gagné mais ? Tempête de neige, parait-il que c’est en août qu’il neige, je sais bien que je suis exceptionnelle, mais messieurs dames les vénézueliens vous n’étiez pas obligé de me commander la neige, je vous crois sur parole, je suis à 4118mètres. Tandis que j’écris j’en suis à la deuxième fournée de réanimation de doigts paralysés pour cause de froid, la troisième en deux jours, ça commence à faire beaucoup. Ne pouvant utiliser la technique de douche brulante vu que je suis dans une posada pourrie de chez pourrie et chère, c’est dingue je vais dans un truc presque de luxe c’est 150 bolivares la nuit, là je suis dans un truc vraiment en dessous de tout et c’est 100 bolivares la nuit. Revenons à la tempête de neige, au début c’est drôle, après moins, vite je me couvre et entame la descente, je vais très prudemment car la route est mouillée, mon frein avant ne freine pas assez, il faut que je le règle, et mes mains progressivement se paralysent, et… la chute de neige se transforme en trombes d’eau glaciale, le temps que je m’arrête pour me protéger je suis intégralement trempée et gelée, j’ai du mal à renfiler mon gant, je découvre que ma cape a un système d’élastique pour passer devant le guidon et protéger mes mains de l’effet délétère de la pluie et du vent froid, mais c’est trop tard, mes mains sont limites. Que vais-je faire des trucs que j’ai si amoureusement confectionnés et que j’ai testé lors de ma première pluie et qui ne sont pas pratiques, les jeter me fait mal au cœur, si j’essayais de les transformer en protège-pieds ? Idée qui me vient soudain à la tête et que je vais étudier car la cape ne protège pas mes pieds et ils sont trempés, tout ce qui était dans ma sacoche avant gauche est aussi trempé, car le temps que je l’ouvre pour prendre de quoi me protéger et aussi le fait que je l’ai mal fermée au col, fuyant trop vite la tempête de neige. Dommage qu’il pleuve autant,  la route est belle, serpentant dans une montagne dénudée, je passe un premier petit village, dans le deuxième il y a une posada, je ne fais pas la difficile, je suis trempée et gelée. La douche tiédasse ne me réchauffe pas, il fait 7° dehors à mon arrivée et il est 16 heures 30, je n’ai noté ni mon heure d’arrivée au col, ni les kilomètres pour y parvenir, l’ivresse de l’altitude peut-être, surtout celle de la réussite, peu importe le temps que j’ai mis, peut importe que j’ai plus poussé que pédalé, j’ai réussi, pour la première fois de ma vie j’ai gravi un col à plus de 4000mètres en vélo, et qui plus est un vélo chargé. La douche ne me réchauffant pas j’utilise ma technique des deux duvets qui finit par marcher au bout d’un temps plus ou moins long. Je suis inquiète sur le séchage de mes vêtements car dans la chambre, même les gouttes d’eau sur le vélo et les sacoches ne sèchent pas. Je suis réchauffée, il est l’heure d’aller manger, quand je vois ce que la posada propose, c’est sale, peu avenant, des arepas fourrés avec ce qu’on veut, je réfute la viande hachée, je choisis une espèce de salade et des œufs durs dans une espèce de sauce, je vais avoir ma turista, c’est sûr. L’arepa a comme souvent un goût d’huile rance ( ils la font réchauffer dans un appareil un peu huilé jamais nettoyé qui donne cet arrière goût caractéristique). En plus la salle du restaurant, qui sert aussi de boutique de vente de souvenirs est ouverte à tous vents, et je suis sûre qu’il ne doit pas faire plus de 5° dans la pièce. J’avais amené mes chaussures en espérant trouver un endroit chauffé pour les faire chauffer, un non à peine poli m’a été rétorqué. J’avale en vitesse mon arepa, j’ai encore faim, veux acheter du chocolat l’équivalent de 2 euros les 7 grammes d’un mauvais chocolat, je me contente de sept grammes, car quand même il ne faut pas me prendre pou une idiote. Retour à la chambre, enfin si on peut appeler ça une chambre, je me demande bien comment vont sécher mes affaires, je peux en mettre quelques unes avec moi dans le duvet ( je dors dans mon duvet, le drap n’est pas propre). Je mets mes chaussures sur le porte-bagage vu que le sol ruissèle d’humidité et… ??? Ca ressent le gaz, ce n’est pas possible, je ne vois pas d’appareil à gaz, je me dis que que je ne suis pas folle, je veux bien admettre que j’ai des hallucinations gustatives, mais pas olfactives, probablement que c’est leur appareil en bas qui sert à réchauffer des boissons qui a des émanations de gaz et que ça passe par les multiples trous de la chambre d’où émergent fils électriques et antenne de télé. Je ne veux pas mourir intoxiquée, la fenêtre de la chambre ne s’ouvre pas, avant de me décider à dormir porte ouverte je vais inspecter la salle de bains, j’ouvre la fenêtre et le rideau ( que je n’avais pas réussi à ouvrir, ce qui fait qu’à chaque fois que je le touchais j’avais envie de me relaver les mains, sauf que pour sortir de la salle de bains il fallait retoucher le rideau, certains appellent ça le mouvement perpétuel) mais là devant la menace de mort imminente j’ai trouvé le moyen de tirer ce rideau. Je retourne me blottir dans mon duvet, et là dans un coin : une source de chaleur et des traces noires qui en sortent, voilà le gaz, derrière il y a un chauffage à gaz, du coup j’ai trouvé le moyen de faire sécher mes chaussures, je réalise un système complexe d’attaches en utilisant le fil électrique qui va à la télé (en plus de mourir intoxiquée vais mourir par explosion car gaz plus étincelle ça fait boum) et deux de mes tendeurs; l’un sert à pendre, l’autre fait contre-poids, on dirait pas, mais de descendre la Cordillère des Andes en vélo, en solo et en autonomie, ça développe pas que les mollets, ça développe aussi l’intelligence. Question : quand on respire et que ça fait de la buée il fait quelle température ? C’est celle de soir, je crois que je dois être vers 3600 mètres. L’avantage de ma maladie musculaire, c’est qu’après la paralysie il y a une déparalysie, c’est comme une renaissance avec tout le bonheur qui l’accompagne. Je pense que dans l’ensemble  (toujours des précautions oratoires, j’ai tellement horreur des généralisations) je pense que nous ne savons pas apprécier à leur juste mesure les petits plaisirs de la vie et même la vie tout court, comme respirer un bon air (ici c’est duraille, une camionnette qui passe c’est dix minutes de pollution, même à plus de 4000), le plaisir d’être en bonne santé, le plaisir d’avoir à manger et à boire. De faire ce que moi et d’autres entreprennent remet vite les choses à leur place. En attendant je vais devoir racheter une polaire et un anorak, j’espère trouver quelque chose à Merida. Je ne pensais pas qu’il allait faire si froid ici, et en vélo on se refroidit vite.

    J’espère atteindre Merida demain ou après-demain, cela dépendra de la pente.

    En attendant vous tous qui me soutenaient mettez vite au frais clairette ou champagne : je vous rappelle, mon premier 4000 en vélo. Je me souviens encore de mon premier 3000, j’avais quinze ans, j’étais avec des amis du village où je passais mes vacances, le nom du sommet m’échappe, famille aidez-moi (l’Alzheimer a commencé depuis longtemps pour moi) donc on va dans la vallée de la Clarée, on monte à un col dont la vallée suivante donne sur l’Italie, à l’époque on laissait la voiture là, on commençait par redescendre, ça y est j’ai le nom c’est le Grand Thabor, n’empêche qu’on commençait par redescendre, ce qui au retour faisait une bonne grimpette, mais à l’époque nous étions jeunes, juste nous ne le savions pas… Donc au sommet du grand Thabor, on m’a fait boire une goutte, juste une goutte de pastis, je te dis pas à quelle vitesse j’ai redescendu les névés. Et bien le col d’aujourd’hui c’est comme mon premier 3000, c’est comme mon premier refuge ( c’était Adèle Planchard) ma première haute montagne (là je sais plus, je crois que c’était Neige Cordier), mon premier refuge de l’Aigle, mon premier 4000, le Ventoux en vélo ou l’Alpe d’Huez et tous ces cols magiques, ou le Mont Blanc, ou le Toubkal, ou la première descente de la Vallée Blanche à skis, pourquoi tous ces premiers ( remarquez les deuxièmes aussi, et les troisièmes et les nièmes), pourquoi tant de plaisir alors que tant d’efforts et de courage sont nécessaires pour y parvenir ? Allez les philosophes, à vos plumes et répondez-moi. En un mot, même que toutes mes affaires sont trempées, même que ça sent le gaz, même que la posada est pourrie, je suis heureuse, heureuse, heureuse.

    Question accueil de la population : je ne retrouve pas dans la Cordillère la chaleur, l’enthousiasme, la joie de vivre et de partager que j’avais trouvés jusqu’à présent. Je sens que si je suis en train de crever on me laissera crever (un peu comme en France).Sinon pas de problème de sécurité.

    Question santé : je suis toujours aussi épuisée musculairement et des douleurs musculaires à l’effort, mon frère Jean quand tu as fait tes trucs extrêmes et notamment ton 7000 mètres est-ce que ça t’a fait pareil ? Moi c’est la première fois, mais je reconnais que des efforts aussi soutenus et aussi longtemps et dans des conditions climatiques difficiles c’est aussi la première fois.

    Sinon je n’ai plus de fièvre, je mouche et racle encore mais c’est clair.

    Mes piqûres d’insectes sont en bonne voie de guérison et là vu que les bestioles ne survivent pas à cette altitude, vu aussi les épaisseurs de vêtements qui couvrent mes jambes, je ne risque plus rien.

    Les tuméfactions interfessières ont disparues aussi vite qu’elles sont apparues.

    Je n’ai pas le mal des montagnes (faut dire que j’ai vraiment pris le temps de m’acclimater), juste j’ai senti deux fois mon cœur battre, et encore c’est peut-être parce que j’y étais attentive.

    En revanche ( ma copine Françoise au boulot) j’ai de petites taches allongées bleuâtres de 2mm sur 6 sur la face interne de la cuisse gauche, je regarderai mieux ça en plein jour (si j’y pense).

    Un coup de soleil sur le visage et les lèvres gercées (oui il y a quand même eu les trois heures de soleil réglementaires et soleil tropical et altitude, ça ne pardonne pas)

    Quelques irritations habituelles aux cyclistes qui disparaitraient vite si je n’avais pas oublié ma crème magique, quant à ma vaseline je l’ai retrouvée, je l’avais mise dans ma trousse à outils, ayant rangé mes outils au fond d’une sacoche, à l’abri d’éventuelles petites mains fureteuses.

    A part cet état d’épuisement tout va bien, et la tête est au ciel.

    Le chauffage est arrêté, ça ne sent plus le gaz, mais mes chaussures ne vont pas sécher… Une de mes polaires a un peu fondu, j’éloigne mes chaussures, préférant des chaussures mouillées à des chaussures fondues. Tu te rappelles Brigitte, quand après avoir marché de longues heures sous la pluie ton fils a fait cramer mes chaussures voulant les faire sécher dans ta cheminée ?

    Bisous tout le monde.

Ce contenu a été publié dans Venezuela, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

8 réponses à J27 : passage d’un col à plus de 4000 mètres (4118m)

  1. Je t’adresse toutes mes félicitations pour cette formidable barrière des 4000 brillamment franchie. Respiration difficile j’imagine.
    Combien indiquait ton compteur de vitesse lors de la montée ?
    Comme j’ai hâte d’y être Françoise, c’est fou ce que ça peut faire quand je lis de tels récits de passage de col.
    Bon courage à toi et repose-toi bien, reprends des forces et des jus de fruits ! A la tienne.
    Hasta pronto

  2. Francoise dit :

    Alors je vais te dire j’etais a 4,2km/heure, je poussais… En revanche aucun probleme ni de souffle ni cardiaque, pas le moindre mal des montagnes et l’effet que ca fait ? Ca se dit pas, ca se vit et c’est genial, geant, fabuleux. Demain je vais regarder passer les chevaux, il y a une grande feria a Merida. Merci de tes commentaires, je les attends toujours avec grande impatience. Le telepherique de Merida est vraiment ferme, si on veut franchir les 5000 c’est a pied, Je te previens, je crois que l’on se rajoute un sacre handicap en voulant aussi marcher, il y a le poids des chaussures, des batons ( mon grand age fait que je ne marche plus sans) , du sac a dos et surtout le volume pris par les chaussures, mais marcher dans les Andes on veut, marcher on fera. En plus vu les conditions meteo je pense que c’est complique, tu as les quatre saisons en une journee…
    Bisous et encore merci de tes commentaires

  3. Monica dit :

    Un pluie d’applaudissements pour le passage des 4000 m !
    Je suis vraiment admirative car les difficultés rencontrées sont inhabituelles, aussi l’organisme doit en prendre un sacré coup. La féria avec les chevaux sera surement très belle. j’espère que vous pourrez faire quelques photos.
    Bon séjour à Mérida et reposez-vous bien.
    Besos

    • Francoise dit :

      Merci Monica, la je suis un peu en difficultes, Merida n’est pas la ville touristique a laquelle je m’attendais, ( je crois que depuis la fermeture du telepherique elle a pris une autre direction) c’est une ville moderne, je cherche desesperemment une agence de guides pour gravir la montagne, laquelle est perpetuellement dans les nuages. Vais essayer de contacter une personne, et ma fois si ce n’est pas possible, je marcherai ailleurs. Merci de m’encourager et bisous

  4. josely dit :

    que chevere que estas ya e merida he vistas tus fotos …… saludos besos que dios y la virgen te cuide se te quiere josely y tus amigas de miranda estado carabobo

  5. ARDUIN-BOREL Marie-héléne dit :

    Bravo, Françoise, pour ton 4000. Même si tout est beau pourquoi prend tu tant de risques?
    Pense un peu à ta santé, parce qu’en tant que médecin je ne suis pas sur que ce soit ce que tu fais.
    Il ne faut pas que tu le paie plus tard.
    Repose toi quand même, et nourris toi afin de résister à de telles épreuves.
    BISOUS. MARIE-HELENE

    • Francoise dit :

      Coucou Marie-Helene, ne t’inquiete pas, je ne prends pas vraiment de risques, il y a quand meme beaucoup de calcul, de reflexion et de preparation derriere tout Ça. Je viens de trouver la cedille sur le clavier espagñol, sauf qu’il est en majuscules…
      Merci de tes messages et bisous et ne t’inquiete pas, les plus grands risques sont les maladies que l’on attrape ici, ce qui est sûr c’est que je ne risque pas de mourir de maladies liees a l’obesite vu mon etat de maigreur…
      Bisous a toute ta famille et un special a ta maman

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *