J37-J38-J39 : pièce en 3 actes

Résumé : J37 : montée J38 : montée, bivouac à 3000 mètres, kidnapping par colombiens J39 : descente Météo : soleil, nuages, brouillard, bruine, pluies tropicales à doses variables, température : de froid à 34 Euphorie au zénith J37 : ça ? Monte

Samedi 26 février 2011

Tovar- Bailadores 20,90 km
Vmoy 5 : Vmax : 28,2
Température : 34 ° avec des pointes à 37°
Dénivelée positif : 689m dénivelée négatif 118: m selon compteur Heures sur le vélo : 4H06’43 »
Départ : je sais plus
Arrivée : entre 12 et 13 h
Au moment où j’écris ça dégringole vachetement beaucoup et en ce moment c’est la saison sèche, alors la saison humide ça doit donner, mais il n’y a pas de mystère pour que ce soit si vert il faut qu’il y ait de la pluie, et en plus partout ici des réservoirs et irrigation par aspersion intensive (attention les cyclos on se fait asperger, quand il fait chaud ce n’est pas grave, mais quand il fait froid c’est très désagréable), du coup deux récoltes par an… J’ai découvert une autre chose ici c’est que la terre est chaude, quand le soleil montre son nez il est très chaud, la terre l’absorbe et le restitue, du coup si je suis sur une route sans voiture je pique-nique assise à même le goudron pour bénéficier de cette restitution de chaleur, moi je vous dis que les voyages ça forme pas que la jeunesse ça fait aussi marcher la cabeza (la tête) des vieux… Donc nous sommes le 26 février, je quitte la ville qui fait en tout 8km de long et montante dans mon sens, mon hôtel étant à 3km de l’autre bout de la ville j’ai 5km de ville montante à faire,( je me répète, mais ici c’est comme cela ou on monte, ou on descend) évidemment dés qu’un embouteillage me force à mettre pied à terre, je pousse jusqu’à la sortie de la ville. Mais ce n’est pas grave, on s’habitue à tout. Dés que la pente se radoucit je réenfourche mon vélo, ça monte pour ne pas changer, mais je sens tous les globules rouges de mon corps s’agiter et je monte, la montagne est comme d’habitude très verte et très cultivée. Il fait bon, même chaud, c’est agréable, j’en oublie (erreur fatale) que je suis dans la Cordillère des Andes, mais si toi tu l’oublies vite elle, elle va te le rappeler, la plus forte, la plus imprévisible, c’est elle et pas toi, et quand tu auras froid et que t’as oublié que tu es dans la Cordillera Andina et que gants polaires, écharpe et cagoules sont au fond du sac et que des trombes d’eau froide te tombent sur la tête, et bien tu te dis, c’est bon,je retiendrais la leçon… De belles épingles à cheveux facilitent ma progression, je mets rarement pied à terre. Je pédale, même bien. Devant moi un mur vert, un instant de découragement, ils ne vont pas nous faire grimper ça, si ils vont, et devant moi un ruban asphalté, et curieusement j’arrive à pédaler. De coup de pédale en coup de pédale sous une température clémente (25° au départ, puis 34°, puis sous l’effet des nuages et de l’altitude 22°) j’arrive à Bailadores ( joli nom, cela veut dire danseurs, hier j’ai traversé un village qui s’appelle «M», rigolez pas, c’est vrai, il faut prononcer «émé», pas de photo, c’était ou la photo et pousser pendant longtemps ou pas de photo et pédaler, vu l’heure de la journée, l’altitude, les conditions météorologiques et les globules rouges qui commençaient à partir en petits morceaux le choix a été vite fait). J’arrive à Bailadores qui évidemment est bâti sur la montagne, j’arrive dans le sens montant. Au bord de la route je vois une superbe maison pas tout à fait terminée, pas du tout dans le style d’ici, mais style grand architecte moderne, avec grandes baies vitrées et entourée d’une haute grille, je ne sais pas pourquoi mais cette maison pue la drogue à cent kilomètres à la ronde, je me dis qu’ils se sont eux-même mis en prison. Les maisons ici sont toutes basses, pas d’étage, quand l’endroit n’est pas trop pauvre elles sont pimpantes, très colorées, elles ont un patio couvert (la pluie), l’équipement du patio va de la simple chaise au salon Louis je sais pas combien, certaines sont très fleuries et très jolies, beaucoup quand même sont tristes et lépreuses. A l’entrée de la petite ville beaucoup de posadas, la ville est très touristique (enfin très pour le Venezuela, parce que ça se résume à cinq posadas, le double de restaurants et deux points internet), pas mal de commerces quand même, mais dans toutes les villes il y a toujours beaucoup de commerces. Pour l’instant je ne veux pas m’arrêter, je veux juste manger. Un premier restaurant qui fait aussi posada ne propose que du poulet à la braise, je réfute et poursuis, en fait c’est la spécialité du coin, c’est ça ou rien, je vais dans un autre restaurant moins enfumé et c’est délicieux, je prends la plus petite portion (un quart de poulet) j’ai quatre morceaux dont deux beaux morceaux de blanc, servis avec ce légume dont j’ignore le nom et une sauce qui rappelle celle de mamie avec la langue ( la langue de bœuf, pas la langue de mamie), j’accompagne le tout de deux jus de fraises. Je me renseigne sur la route, on me dit que ça monte, les nuages ont envahi les montagnes, j’hésite un peu et je me dis que le mieux est de m’arrêter, même si il est encore tôt, j’ai vraiment eu là la meilleure idée de la journée, car je ne savais pas ce qui m’attendait après. J’essaie de trouver une posada dans le centre ville, on m’envoie sur un super truc beau, touristique,(les super trucs et les super pourris, en général c’est le même prix) mais ils n’acceptent pas les gens seuls, que les familles, je peux donc crever puisque je suis seule. Puis on m’envoie avec force détails à un endroit, puis un autre et c’est faux. Amis cyclotouristes, méfiez-vous, les gens ici vous racontent n’importe quoi avec une conviction rare et c’est faux, finalement je tourne pendant une heure dans Bailadores (avec mon vélo chargé et évidemment je me fais remarquer,vous allez voir, c’est important pour la suite de l’histoire) pour aboutir dans la posada pourrie et enfumée qui vend du poulet, mais la vue de la chambre est superbe, cela compense la saleté, l’eau froide, les draps sales et le reste. Quand même le soir je ne mangerai pas là, j’irai manger des arepas, pas non plus très propres,mais qui ne me rendent pas malade. Dans la rue je me fais brancher par un colombien qui me propose de m’emmener en Colombie, je lui explique mon projet, il me donne la route à suivre, toujours la plus belle route avec plein de voitures et pas de montées, je lui explique aussi que ce n’est pas mon projet, et quand je lui demande quel est le sommet de la Colombie et si il est difficile d’accès, là il n’y a plus personne. Forte de ces renseignements je vais dans un premier point internet, l’attente est de 45 minutes, la personne m’explique que le samedi il y a beaucoup de monde. Les jeunes jouent ou vont sur facebook. On m’indique un autre point internet, Je vais y passer beaucoup de temps, je me caille un max (climatisation à 17°), me fait aussi brancher par un jeune colombien, il me dit avoir vingt ans, ce que prouve sa carte d’identité, mais je pense qu’elle est fausse et qu’il a moins de quinze ans, je lui donne deux bolivares pour qu’il puisse avoir une demi-heure supplémentaire de net. J’ai des problèmes pour retirer ma clef USB en toute sécurité, du coup je discute avec un vénézuelien cette fois-ci. Il me dit que je parle bien l’espagnol, je suis très flattée. Retour à la posada pourrie, je me fais une opération à cœur ouvert de l’ongle de mon deuxième orteil gauche avec en guise de scialytique ma frontale, j’ai un hématome sous-unguéal (suite à l’ascension del Pan del Azucar) j’évacue bien l’hématome, fais un bon coupage d’ongles, désinfecte le tout, aujourd’hui tout va bien, opération réussie. Ce soir je me fais une refais une opération pour parfaire le coupage, toujours à la frontale, vu l’éclairage d’ici, suites opératoires dans les prochains jours. Partout où je passe je me fais repérer, même quand je repasse en civil, on me dit : «vous êtes la dame à la bicyclette ?», ce qui peut aider quand on a perdu son hôtel et le nom et que l’on dit que l’on cherche un hôtel bleu et blanc alors qu’il est vert et blanc «Vous m’avez vu passer deux fois avec la bicyclette ?» «Oui» «Alors c’est que je suis sur la bonne route, je vais continuer et retrouver mon hôtel» et ça marche. A plus je vais affronter la pluie et manger. En fait dans les villes qui par principe ne sont pas en altitude il ne fait pas froid et la pluie est très supportable. Le lendemain J38 J38 : Bivouac à près de 3000mètres et kidnapping par des colombiens Dimanche 27 février 2011
Bailadores – Cote 2960 mètres dans los Paramos del Batallon y la Negra
20,90 km
Vmoy 6,2 : Vmax : interférences électromagnétiques Température : départ 25 à 31° puis 15° pluie, puis plus basse Dénivelée positif : 1073m dénivelée négatif 42: m selon compteur Heures sur le vélo : 4H59’23 »
Départ : 9h15
Arrivée : vers 16 heures ou plus Je ne me presse pas trop, il y a un rayon de soleil qui pénètre dans ma chambre, j’en profite pour essayer de faire sécher mon linge, erreur, d’une part pour le linge, vu qu’il sera entièrement remouillé et pour moi, vu que je pars trop tard et serai entièrement mouillée… Je m’étais renseignée sur la route : ça monte. La chaleur et la facilité de pédalage d’hier m’a un peu embrumé le cerveau. Je pars cool, pas de préparation mentale particulière. Nous sommes dimanche et le dimanche c’est le meilleur jour pour rouler, sauf que là il n’y a vraiment pas de monde, pour ainsi dire personne. Quand j’ai demandé à la posada la route pour St Christobal, ils ne connaissaient pas, la route pour La Grita, pas plus, j’aurais du tilter, parce qu’ici les gens craignent la montagne et n’y vont pas, donc si il n’y a personne sur la route ça veut dire ? Montagne, et dans la montagne il y a quoi dés 11 heures voire même ces derniers jours avant ? Des nuages. Qui dit nuage dit brouillard et bruine ou pluie. Si chaque première petite goutte de pluie se transformait en averse tropicale, on saurait et on se protègerait aussitôt, mais non des fois c’est que quelques gouttes, et si quelques gouttes et imperméable en haut, en bas, et au-milieu, on se mouille par le dedans, donc on attend de voir, sauf que si ça se transforme en averse tropicale, et bien là c’est trop tard, ça tombe d’un coup à sceau, donc de toute façon t’es mouillé, je pense que le mieux pour ceux qui ne craignent pas de voir se paralyser leurs muscles dés que la température est en-dessous de vingt cinq est de pédaler en maillot de bain, sauf que si le soleil apparaît c’est la brulure à tous les coups et qu’en plus ,c’est comme en France, ça ne se fait pas. Je monte allègrement, la route déserte me permet de choisir ma trajectoire, de ne pas me laisser enfermer dans le creux des épingles à cheveux, la route est magnifique, comme je les aime, et j’en profite un max, je suis quand même un peu inquiète quand je vois un écriteau «La Grita 77km », sur ma carte je l’estimais à 30km. Les paysans sont dans les champs et travaillent. Plus ça monte, plus je suis dan les nuages, plus l’air se rafraichit. Je pique-nique assise à même la route qui renvoie de la chaleur, je suis à coté d’une tombe, les routes sont émaillées de tombes, au début je croyais que c’était comme chez nous les fleurs pour ceux qui se sont tués sur la route, non, visiblement ce sont juste des tombes, cela va de la plus petite et simple à la plus élaborée, voire un véritable monument. Je ne les ai pas encore prises en photos, vu que c’est souvent le même problème, tu t’arrêtes, tu repars pas (enfin pas sur ton vélo). Je monte, je monte encore, en fait je ne fais que cela toute la journée, je monte (et en pédalant et je suis sûre que ce sont les globules rouges fabriqués, et Vérocyclette je sais que ce n’est pas psychologique, je sais très bien quand je monte avec la tête ou avec les jambes (Le Ventoux j’y suis allé trois fois, et bien une fois je l’ai monté avec la tête), donc là je monte avec les jambes, il n’empêche que les premiers coups de pédale du matin sont toujours aussi durs pour les cuisses. Soudain j’entends, quelques épingles au-dessus de moi des gens qui parlent fort, il y a une maison, je crois qu’ils font un peu la fête, certains jouent aux boules sur une minuscule piste cimentée. Juste à coté un grand écriteau, je crois que je suis au bout de la montée, mais non c’est une bifurcation : à gauche La Grita, à droite La Grita. Je me renseigne auprès des joueurs de boule, à droite c’est plus long, mais ça monte moins, à gauche ce n’est pas pour les cyclistes, ce message et l’étude de ma carte me disent que je dois aller à gauche, et j’ai raison, oui ça monte, mais absence de circulation et vraiment c’est beau, il pleut un peu, je ne mets que mon kwé (qui est pas un kwé), ça descend un peu et la pluie devient averse tropicale, trop tard, je me suis gelé les mains, j’enfile au plus vite pantalon kwé (qui est pas kwé) et cape, sous ma cape magique et sous l’effet de la remontée je me réchauffe. Mais ça monte, et ça monte encore et il pleut très fort, ça fait une flaque au milieu de ma cape, j’évacue. Je ne sais pas combien de temps ça va encore monter, je ne sais pas si ils vont me faire passer un col à 3000 ou à 4000, je fatigue, je mets pied à terre de plus en plus souvent et maintenant tout le temps. Une camionnette passe, me propose son aide, j’explique que je cherche un endroit où dormir, oui j’ai décidé de m’arrêter dés que je trouverai 2mètres carré de plat, même dans un endroit isolé au bord de la route, je sais que je ne risque rien si ce n’est la curiosité dans un premier temps, et après les encouragements. Je ne sais pas d’où vient la réputation de dangerosité de ce pays parce que vraiment je me sens très en sécurité, je sors la nuit sans problème et sans peur, peut-être que maintenant je ressemble à une vagabonde, je n’en sais rien, ou peut-être je me fonds dans la population locale, ou peut-être je suis une star et on me vénère… C’est vrai que les vénézueliens eux-même sont méfiants et disent de ne se fier à personne, et si souvent il y a des grilles aux petites épiceries, c’est pour permettre à la vendeuse de vaquer à d’autres occupations et éviter aux enfants en bas-âge et aux abuelas ayant perdu la tête de se précipiter sur la route et de se faire écraser. Les occupants de la voiture me disent qu’à dix minutes (au secours dix minutes de quoi ?) il y a un bon emplacement. Pour l’instant à droite il y a l’à pic de la montagne, à gauche l’à pic de la montagne, plus ronces, plus fils de fer barbelés pour les vaches (ou les taureaux) qui quand elles (ou ils) se retrouvent sur la route ne peuvent plus retourner dans leur verts pâturages, en plus de l’à pic il y a aussi des ronces, et dormir dans le fossé, impossible vu qu’il se transforme en fleuve impétueux sous l’effet de la pluie. Enfin je vois un deux mètres carrés, mais c’est vraiment petit, en plus c’est un WC public, et je crains que l’unique voiture qui passe ne m’écrase, je note quand même le kilomètre, c’est au kilomètre 30,33, je poursuis mon chemin et là dix mètres carrés qui me permettent de ne pas être sur la route. Un peu plus loin au-dessus une ferme. Je suis à nouveau épuisée. Je plante la tente en me disant que les occupants de la ferme vont rappliquer, non, rien. La pluie s’est calmée. Je me mouille intégralement les pieds. Dans l’herbe il y a plein de bêtes et des limaces. Une fois la tente plantée je porte tout mon barda à la porte de la tente pour éviter de faire rentrer trop de bêtes. Que deux bêtes dans la tente que je tue. Il y a un petit accroc dans le tapis de sol, pour le reste ma tente est super, j’ai eu un peu de mal à la monter car le guide avait retendu les attaches et je n’arrivais pas à enfoncer les tubes, une fois compris le truc ça a été tout seul. Vu que personne n’a rappliqué alors que je suis sûre que l’on m’a vue je débale mes petites affaires, il repleut, je me glisse dans mon double duvet, je mange mes sardines à la sauce tomate, franchement à éviter (la sauce tomate), quelque soit le soin que tu prennes t’es sûr d’en mettre partout, j’entends un peu le camion de la ferme qui rentre et qui sort. Quand même je ne sors pas mon ordinateur, j’évite de montrer que j’ai un ordinateur, sinon je crois que ma réputation de clocharde en prendrait un coup. J’entends à nouveau un véhicule qui s’arrête à ma hauteur, je n’ai aucune peur mais je ne bouge pas, et là le coup fatal, on m’appelle par mon prénom, je suis quand même obligée de sortir la tête de mon igloo, je ne peux pas rester là, c’est trop dangereux, j’essaie de négocier, rien à faire, il faut que j’aille planter ma tente à la ferme au-dessus, snif, snif, moi j’étais bien, allez une heure de deponer (enlever) la tente, de tout remettre n’importe comment dans les sacoches, j’évite quand même de mélanger le mouillé et le sec, l’idée de remonter tout mon vélo chargé me rebutte, alors je ne charge que les sacoches et le reste je l’emmène au portail de la ferme, alors ILS (les colombiens kidnappeurs de Francesa) arrivent avec leur camion, leur intention étant de m’éviter de monter avec mon vélo chargé, j’accepte pour les sacs mais je monte le vélo chargé expliquant qu’il est fragile, c’est vrai. Et voilà, rekidnappée, au début ils voulaient me faire mettre la tente à l’entrée de leur maison, mais c’était plein de pierres, je leur dis que je préfère la mettre dans l’herbe, mais c’est sous la gouttière du toit, ils me le déconseillent, je dis que je peux dormir par terre sur mon matelas dans la cuisine et je vais finir dans le lit d’une des personnes de cette maison. Voilà, et nous nous croyons les meilleurs du monde, moi je pense que nous avons beaucoup de progrès à faire, nous avons peut-être de jolies maisons toute propres, mais dont la porte reste fermée à l’étranger. Ces colombiens sont des cultivateurs depuis longtemps émigrés au Venezuela. Il y a un couloir étroit qui dessert trois chambres où vivent trois familles, plus un ou trois ouvriers agricoles. Une grande salle de séjour cuisine, et tout ce petit monde vit très bien ensemble. Dans une des chambres il y a trois lits superposés, chaque chambre est équipée d’un téléviseur; Dans la cuisine-salle de séjour une radio crépite et me rappelle les jours heureux où les refuges n’étaient pas équipés de téléphone et où chaque refuge communiquait avec le suivant pour dire qui franchissait la brèche de la Meije, qui arrivait et qui repartait et le temps qu’il faisait ou le menu du soir, et bien là c’est pareil. Les fermes sont en pleine montagne, à presque 3000 mètres d’altitude, cette radio est un lien important entre les personnes d’une même ferme et ceux d’une autre. La maîtresse de maison a une allure très moderne avec ses cheveux noirs très courts, elle a 48 ans, pas une ride, et est déjà grand-mère d’une petite fille de quatre ans, matin et après-midi elle fait les aller-retour en camionnette pour emmener les enfants à l’école (son dernier et sa petite-fille) au village voisin. Tout de suite je sympathise avec cette femme, elle s’appelle «Nubia», quel joli nom, elle me dit qu’elle me reçoit sans cérémonie, je lui dis que cela me va très bien, je hais les cérémonies, j’ai droit aux photos d’usage, à la visite de lointains voisins et je dois remanger : des pâtes, oui encore des pâtes, mais ouf sans la viande hachée, elles sont bonnes ces pâtes, je demande à quoi est faite la sauce: lait et mayonnaise, curieux, mais essayez c’est pas mauvais ( pendant que j’y pense, mon fils Cyril si tu as le courage de me lire jusque là, un jour j’ai commandé un truc, je ne savais pas trop ce que c’était, en fait c’était un genre de tartiflette avec unes escalope de dinde au fond, essaie, trop bon, bonjour les calories, mais pour nous c’est ce qu’il faut. Je remange, je me dis que ça ne peut pas me faire de mal : pâtes, pommes de terre et bananes frites. Quand je leur dis qu’en France on mange les bananes crues, ils me regardent bizarrement… Le chat est enfermé dans un grand filet pour les pommes de terre, Cyril c’est aussi une idée pour ton sweffer. On me montre «el bano» là je suis comme mon vélo, je crie pas la douche, pas la douche, à l’eau froide et avec le froid qu’il fait, non, ouf c’est juste pour les toilettes, il faut passer dehors sans lumière et il y a un WC sans chasse d’eau, un sceau que l’on remplit avec le jet de la douche froide commandée par une vanne. Tout est plus que rudimentaire ici, mais le bonheur et la joie de vivre d’une vie simple, tranquille et proche de la nature vous envahit facilement. Demain matin quand il fera jour il faudra que j’aille voir les poules. Nous nous couchons de bonne heure (9 heures), moi ça me va bien. Je refuse une couverture propre, j’ai mon duvet. Ici ils dorment sans drap, juste avec les couvertures, et la petite avec qui je vais partager la chambre dort toute habillée, inutile de dire qu’il n’y a ni douche le matin, ni le soir pour personne, il fait trop froid et il n’y a pas d’eau chaude. Dans la nuit quelqu’un frappe violemment à la porte, peut-être était-ce le mari de la fille ainée de mon hôtesse ? Dodo

J39 : que du bonheur
Mardi 2 février 2011
Ferme perdue dans le Paramo Batallon y la Negra à 3000 mètres d’altitude – La Grita
27,62 km
Vmoy 13,3 : Vmax : 46,3
Température : 15 ° à 26°
Dénivelée positif : 189m dénivelée négatif 1692: m selon compteur Heures sur le vélo : 2H04’35 »
Départ : vers 8h30
Arrivée : vers 13h
A 5h45 la radio à tue-tête réveille tout le monde, aux champs il faut vivre avec le jour, je reste dans la tiédeur de mon duvet, je dors à moitié, je me vois en train de donner un cours de roller à ma fille et c’est dingue les pirouettes que je fais, je crois que cela fait des années que je ne fais que des cauchemars, et là un rêve, un beau rêve, un vrai rêve… Jusqu’à ce que la maman vienne réveiller Lady-Johanna, qui est très très belle mais si timide que je n’ai pas entendu le son de sa voix. Pas de douche le matin, mais des chaussures impeccables longuement cirées la veille au soir par la maman qui attend son deuxième pour dans un mois, et puis plein de petits nœuds dans les cheveux, toutes les petites filles ici sont impeccablement coiffées, et l’école c’est sacré, uniforme, chaussures et coiffure impeccables, le reste ce n’est pas une priorité, remarquez que moi dans le froid je ne me lave pas non plus. Et écoutez-moi bien, moi qui répugne à beaucoup de laitages je bois une soupe de lait salé, oui, oui, du lait salé bien sûr avec des arepas, qui dans cette région ne sont pas au maïs. Avant de partir je dois attendre le retour de Nubia pour les adieux et la visite du poulailler. Pendant ce temps un des hommes à qui j’avais parlé de mon problème de frein me montre comment le raidir, il me fait remarquer que mon patin est mal positionné, il s’en va, les champs n’attendent pas. Je fais l’erreur de vouloir remettre le patin en place mais à nouveau mon frein ne revient pas, finalement j’y arrive, sauf que en arrivant à la Grita qui ? Est construite sur une pente, il faut suivre, mon frein arrière se bloque d’un coup. A l’hôtel (que pour une fois je trouve très facilement, peut-être parce qu’il sont deux l’un en face de l’autre et qu’ici quand vous demandez votre chemin on ne vous dit ni à droite ni à gauche mais «arriba» (en haut) ou baja (en bas) où il y a une cour et avant qu’il ne pleuve je vais rebatailler plus d’une heure avec ce frein, ce n’est pas parfait mais je pense que c’est bon, j’ai procédé par tâtonnement sur les vis cruciformes pour que mon frein revienne et je pense que si je n’arrive pas à régler les patins c’est que ma roue doit être légèrement voilée. Il faut que ça tienne jusqu’en Colombie, parce qu’ici pas de vélo, donc pas de magasins de réparation. Ca dégringole, ça dégringole la pluie, c’est impressionnant. Je me demande si la super tente résisterait à un déluge pareil, et j’imagine que ça ne résiste pas, pas d’affolement, si pas d’abri possible, je mets kwé veste et pantalon, la cape de pluie et la couverture de survie sur mon duvet, et… je prie le ciel que ça s’arrête. Revenons au temps où j’étais otage des colombiens et où on me faisait boire du lait chaud salé. Je charge mon vélo, Nubia est de retour, un coucou aux poules, les adieux, échange de mail, enfin Nubia va voir avec sa sœur car ici pas de net. Je pars vers les 8h30, 9heures je ne sais plus, et là je profite un max de la route, elle est magnifique, déserte, je pédale, je vais encore monter quelques 100 mètres ou un peu plus, en tous cas pendant trois kilomètres, je me dis que j’ai bien fait de m’arrêter, la veille c’eût été une galère, et là c’est un pur délice, toute la journée va d’ailleurs être un pur délice (tiens il repleut, là pendant que j’écris pas quand je pédale, quand je pédale j’ai droit à une demi-heure de soleil), les derniers cent mètres je pousse (pente encore supérieure à 20% et je pousse arqueboutée et en m’arrêtant régulièrement, et j’arrive au col : 3000 mètres. Du coup je me suis mieux renseignée sur la route des prochains jours, encore paramo, qui dit paramo dit haute montagne, j’ai donc renouvelé mes provisions et je vais partir plus tôt pour essayer de ne pas pédaler sous la pluie. 3km de montée, puis que de la descente, une route sans personne, sublime, quelques montées pour sortir d’un ou deux rios, oué, ça fait mal aux cuisses, des nuages coquins, le temps, le temps de faire des photos, le temps de m’arrêter à un abri-bus où aucun bus ne passe mais où les gens font du stop, le temps de parler avec deux jeunes : art, peinture, écriture, philosophie, religion, vente d’iphone, oui toute cela, ils font partie d’une communauté qui n’a pas l’air d’être une secte, sont très très très cultivés (oui ils connaissent Ushuaïa, prononcez uchuaia), dans cette communauté toutes les religions sont admises, c’est une communauté qui vient de l’Himalaya, je crois que nous nous régalons réciproquement de nos échanges, je partage avec eux et avec les lycéens qui viennent d’arriver le seul bien matériel que je peux partager : du chocolat. Voilà, je les quitte, redescends, dérape sans tomber dans un virage sec et mouillé (oué c’est la conjugaison des deux), sans tomber, donc redouble de prudence, tranquillement j’arrive à La Vigra, qui a une imposante église et un carillon superbe, et le train train : réparation vélo, douche, lessive, étendage, là en plus étendage de tout ce qui est mouillé dont la tente, manger, pluie, net, pluie, transfert photos, pluie, écrire, pluie, manger, pluie, dodo (je précise, ici été et saison sèche…) Tout au long de la journée je me suis dit que j’avais bien fait de m’arrêter, hier sur la même route j’aurai galéré, aujourd’hui je déguste… Demain étape montagne, sauf si pluie je fais comme tout le monde ici, je m’abrite et j’attends… Bisous tout le monde

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10 réponses à J37-J38-J39 : pièce en 3 actes

  1. Jean de Jonch.... dit :

    partager au jour le jour, avec la pluie, toujours monter sans jamais descendre …. c’est super !
    et connaître les gens, autrement …
    merci et courage
    Bisous

    • Francoise dit :

      En fait j’arrete pas de monter et descendre… La suis un peu excitee, demain passage en Colombie, et je n’avais pas commande cela, mais ici fiesta d’enfer… Bisous

  2. Christ dit :

    Toujours merci du partage, quelle aventure 🙂
    Mais je note que t’as tué 2 bestioles dans ta tente, rhôoo !

  3. Monica dit :

    Salut courageuse cyclo fluo
    J’aime tes récits bouillonnants, et plein d’humour, on croirait presque que tu écris tout en pédalant sur ton vélo, tellement tes récits sont plein de vie, de bonheur et de joie partagée. Avec tes kidnappeurs colombiens, c’est à mourir de rire.
    Bonne continuation.
    besos

    • Francoise dit :

      T’as lu dans ma tete, v’est vrai j’ecris en pedalant, ce soir je ne vais pas ecrire, je vais feter dignement mes adieux au Venezuela et mon arrivee en Colombie…
      Bisous

  4. pierre dit :

    bonjour
    quand tu vois une ferme toujours aller leur demander pour bivouaquer, camper cachee signifie gangster. et en plus pas daccueil.

    pour tes freins tu as le meme pb que moi sans doute au bresil. il faut sortir les pattes en entier du cadre, pas facile a devisser car la vis est bloquee avec du stop devissage, tout netoyer, graisser,et remettre. cest lhumidite chaude melangee a la poussiere qui bloque et rouille tout. bon tu trouvera un bon velo neuf au perou pas de panique.
    a + pierre

    • Francoise dit :

      J’etais pas cachee, juste je n’avais pas la force de remonter leur chemin, je me suis plantee au premier endroit possible, et puis maintenant ici beaucoup me connaissent, vu qu’en general le temps que je fasse un trajet eux ils ont conduits, recherches les enfants a l’ecole, fait les courses, ont ete vendre leur produits et sont revenus, et comme je ne refuse jamais de repondre a mille questions et comme ils sont aussi joueurs que moi, le courant passe, parait-il qu’en Colombie c’est pire, comme tu dis je suis pas sortie de l’auberge… Bisous
      Pour les freins ce matin des gens d’un magasin de moto ont resseres sous mon oeil attentif le frein arriere, maintenant c’est l’avant qui ne va plus, t’inquiet je panique pas, juste je suis prudente dans les descentes qui ne manquent pas… Bisous

  5. Raed Marmoud N. dit :

    Bonjour F. .. J’espère que vous allez bien et poursuivre son voyage vers le Sud. J’espère que vous comprendrez ce que je vous écris, parce que je me sers d’un traducteur. Je suis le garçon qui était à l’arrêt de bus, et je voulais vous informer que je suis maintenant dans la ville d’Ushuaia. Je serais heureux quand vous arrivez à voir ce bel endroit et être en mesure de prendre une autre photo avec vous, comme un témoignage de son voyage.

    Je me réjouis de votre réponse. Une étreinte!

    J’ai mis une photo je vous prends à l’arrêt de bus, comme je le fais? Merci

    • Françoise dit :

      Buenos dias
      Es increible de encontrar usted de nuevo… Que hace a Ushuaia ? Y donde esta ahora la chica que estaba con usted ? Ahora estoy en el Peru. Me ha rompado el lombro caidando de bicicleta en una carretera muy mala dépavimienta y con mis pneumaticos demasiado usados. Voy a mandar mi correo electronico para que usted puede mandarme la fotografia. No he olvidado usted porque me ha gustado mucho de hablar un pocito de filosofia con ustedes y de ver jovenes muy inteligentes y que conocen muchas cosas y tambien que conocen Ushuaïa… Espero que usted va a tener un buen vida… Creo que no estaria a Ushuaïa antes de nueve o mas meses… Espero ver usted de nuevo.

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