J81-J82-J83-J84 : El Trempolino de la Muerte acte II

J81-J82-J83-J84 : El Trempolino de la Muerte acte II

 Voilà, je savais que cela serait dur, mais c’est vraiment très très dur, les seuls renseignements que je croyais fiables (la mission médicale) sont faux et m’ont donc induite en erreur, pas assez de liquide notamment (à boire parce que pour l’argent, vu qu’il n’ y a rien…). En revanche tous les dangers promis étaient là : la piste dans un état désastreux, l’absence de village et de maisons pendant plus de 50 km, le froid, la pluie, le brouillard, le paramo, l’altitude et la guerillera. Je crois que le plus dur est derrière moi, mais sait-on jamais ? Et bien non, il restait encore du dur, de la boue, deux chutes, mais tant de beau…

J81

 Mardi 12 avril 2011 San Agostin – San Vincente, petit village de 20 familles perdu dans la montagne
Distance parcourue : 31,08 km
Vmoy : 7,3 km/h Vmax : 38,5 km/h
Température : minima : 17°, maxima : 29 °, le plus souvent 17°
Dénivelée positif : 813 m
Dénivelée négatif : 464 m
Heures sur le vélo : 4H14’46 »
Départ : 8 heures
Arrivée : vers 14 heures
Objectif : essayer d’avancer et commencer à chercher où dormir à partir de 15 heures.
Petit crachin au départ qui dure ¾ d’heure puis qui se transforme en pluie forte durant 20 minutes à 12h30, puis 13 h30, kwé et bandeau polaire sont de rigueur. En quittant San Agostin, et dans la petite montée un drôle de cyclotouriste me salue et me dépasse, il a pour sacoches deux sacs à dos, pour monture un vélo qui semble hors d’état et sur le dos un vieil anorak, je me dis que je vais le redoubler à la descente, et bien pas du tout, il file… La descente de San Agostin est agréable malgré la pluie. Je traverse le rio Magdalena pour remonter de l’autre coté, surprise, dés la sortie du pont de la piste, je pensais avoir une route jusque San José… Ca monte, la piste est mauvaise, je pousse. Resurprise après quelques kilomètres de piste une route neuve, je pédale… La route serpente entre les volcans, la température atteint 29°, je me découvre. Arrivée à Isnos, en quelques secondes la température chute, j’ai froid, j’attends la fin de la côte pour me recouvrir. Je décide de garder mes vêtements trempés de sueurs, vu que ça va continuer de monter et si je veux garder un peu de sec il vaut mieux l’économiser et gérer au mieux. Je m’arrête pour manger à Isnos, il n’est que 11 heures, je n’ai pas trop faim, mais je ne sais ce qu’il m’attend, d’ailleurs si j’avais su j’aurais refais des provisions à Isnos. Au resto ils me servent en boisson un chocolat chaud et du pain brioché, j’apprécie beaucoup. Les renseignements sur la route ne sont pas très bons, 7 heures à cheval, vu que les chevaux vont beaucoup plus vite que moi je vais passer beaucoup de jours… les renseignements sur la route restent imprécis, en fait nul n’y va… Vers 13H30 je trouve une minuscule boutique, j’achète ce qu’il y a, c’est-à-dire ni coca, ni catolate, ni chocolat, en revanche des espèces de sucreries aux cacahuètes délicieuse et bourrées d’énergie. Je continue ma route, le paysage est merveilleux, toujours un enchevêtrement de collines vertes et cultivées, les maisons sont comme annoncées très rares., les militaires absents ( j’apprendrais à mes dépens qu’ils sont là mais cachés..), la circulation aussi est absente, de rares camions, bus, motos. J’arrive dans une zone de travaux, ils font la route, et pour cela ils cassent la montagne, c’est une vraie catastrophe, plus de 15 cm de boue, je rame un max, un ouvrier m’aide à pousser mon vélo. Après la boue une piste étroite, caillouteuse et pleine de trous serpente dans la montagne. Ca monte, l pleut pour ne pas changer, je me dis que j’aimerais bien avancer de 30 km, quand surgie de nulle part une église, magnifique, rouge et blanche et quelques maisons. Je me renseigne, après il n’y a rien, que le restaurante, je ne sais où est ce restaurante, ni ce qu’il y a autour et si je peux planter ma tente,J’inspecte les lieux : l’église, un bâtiment, moins d’une dizaine de maisons. Je décide de jouer la prudence et de planter ma tente là. Je demande l’autorisation à la femme qui travaille dans le bâtiment, en fait ce bâtiment est la cantine de l’école, la femme termine de tout ranger. Je lui demande l’autorisation de planter ma tente, autorisation accordée, le terrain qui jouxte l’église est plein d’eau, je choisi l’endroit le moins humide et installe ma tente, deux enfants et trois femmes me regardent. Quand j’ai terminé elles me conseillent d’installer ma tente sous le petit préau à coté des toilettes des enfants, ce n’est pas super bucolique mais je serai plus au sec. Tout regorge d’eau, c’est la saison des pluies, celui qui m’a dit de ne pas partir en décembre car c’était la saison des pluies, je crois que je vais le tuer… Je viens d’apprendre que la Colombie n’est qu’inondations, éboulement, avalanches (ce sont les torrents qui emportent tout sur leur passage), un bus a été emporté faisant de nombreux morts, des maisons sont détruites et moi je bivouaque dans la flotte… je suis vraiment fêlée. Une fois installée, je me dis que je me doucherai bien pour me dépoisser, mais l’eau sur laquelle je comptais a été coupée, je suis dans ma tente et je l’entends couler cette eau qu’on aime ou que l’on déteste selon les circonstances… Vite je remplis mes gourdes d’une eau très verdâtre et me douche, cela fait du bien, sauf que j’ai des démangeaisons partout…Et… Il repleut… Il va d’ailleurs pleuvoir toute la nuit… Je souffre aussi de brûlures sous la plante des pieds, les chaussures de Bogota ne sont pas top, j’ai mis dedans mes semelles orthopédiques que j’ai coincé avec du papier toilette, mes pieds ils aiment pas. Le lendemain les brûlures auront disparues, je renonce aux semelles orthopédiques. Voila, question santé depuis mon passage en vallée chaude j’ai à nouveau les jambes transpercées mais ça ne me gêne pas. A la minuscule tienda du village (1m2 et je n’exagère pas j’ai refait le plein de boissons, enfin ce qu’ils ont. J’essaie d’avoir des renseignements sur la route, à part ce restaurante (qui en fait est à 1km) je ne sais rien. Impossible de savoir où je peux me ravitailler et dormir. J’hésite à manger, de peur de devoir manger deux fois, mais les colombiens sont très différents des vénézueliens, les colombiens ressemblent un peu aux français, distants, discrets, mais si je demande de l’aide j’ai toujours des réponses positives. Finalement je mange, écris, je ne sors pas mon ordinateur, ne le sors jamais quand je bivouaque, inutile d’ engendrer des envies ou des jalousies ou que mon statut de vagabonde en prenne un sacré coup… J’écris donc sur mon petit cahier… La nuit qui s’annonçait calme fur un vrai cauchemar, passage incessant de camions qui souvent profitent de l’immense plate-forme pour s’arrêter, regonfler leurs pneus, se reposer musique à fond les manettes, le moteur ronflant, dans le genre bivouac sous les étoiles c’est réussi… Et… Il pleut…

 J82
Mercredi 13 avril 2011

San Vincente, petit village de 20 familles perdu dans la montagne – kilomètre 70 en contrebas d’un camp militaire caché dans la montagne

 Distance parcourue : 30,35 km
Vmoy : 4,8 km/h Vmax : 27,9km/h
Température : minima : 12°, maxima : 21°
Dénivelée positif : 672 m
Dénivelée négatif : 94 m
Heures sur le vélo : 6H12’16 »
Départ : 7 heures 45
Arrivée : vers 16 heures

Etape très difficile, la piste est redoutable, le paysage un peu monotone, trouée dans la forêt, la circulation extrêmement rare, deux camions s’arrêtent pour me dire que je suis complètement folle de venir là, ce qui est très encourageant… Évidemment il fait froid, évidemment il pleut. Une vingtaine de kilomètres après le départ je rencontre des militaires qui sortent d’un taillis. La zone est très militarisée, juste je ne les vois pas, ils sont cachés dans la montagne et de temps en temps sortent pour contrôler les véhicules, se ravitailler en eau, ou aider une pauvre cycliste comme moi à monter la cote, sur le coup quand il repoussait ma cape pour prendre mon vélo je me demandais ce qu’il voulait et j’étais prête à me défendre, quand j’ai compris qu’il voulait juste pousser mon vélo le temps de franchir une cotre très rude, je l’ai laissé faire, je lui ai même proposé de continuer la route avec moi, mais non, il n’a pas été d’accord, quand je lui ai demandé où était la prochaine maison, il m’a dit 7km, le menteur, de maison nenni pendant plus de 50 km… Mais forte de ce renseignement, alors que je suis épuisée je m’accroche pour trouver un lieu sûr où bivouaquer, les kilomètres passent, je suis de plus en plus épuisée et mouillée, et toujours pas de maison, je regarde un peu les bas-cotés pour voir où planter ma tente, les rares endroits plats sont marécageux, je sens que je vais passer outre, j’en trouve deux moins humides et je me rappelle la valse incessante des camions l’autre nuit et je me dis que ce ne serait pas très prudent, quand je crois entendre des voix, j’avance un peu, je prête l’oreille, oui il y a bien des voix, je me pense sauvée, crois qu’il y a des maisons, mais quand j’arrive, non ce sont des militaires qui se ravitaillent en eau, je me renseigne où dormir, ce n’est pas possible, je dois retourner au restorante, mais j’ai mis la journée pour venir ici, non je ne retourne pas et en plus je n’en suis pas capable, il n’y a pas un endroit où je puisse planter ma tente ? De toute façon je vais chercher un endroit et je vais la planter, je n’ai pas le choix. Bon le militaire va demander au commandant (le camp est caché dans les taillis), le commandant arrive, me dit que je ne peux dormir là, que la région est très militarisée, je plaide ma cause et obtiens… gain de cause, il me dit de me mettre dans le virage sur la gauche, oh la la c’est vraiment très marécageux, moi j’ai vu des endroits mieux, ou moins pires, mais je ne vais quand même pas aller contre l’armée colombienne, alors j’obtempère. L’endroit le moins marécageux a quand même bien 8cm d’eau et quand un véhicule passe tout tremble. Puis les militaires seront très sympas avec moi, ils m’apporteront même une boisson chaude et à manger, vérifieront que je n’ai pas froid, chacun viendra inspecter mon duvet et mon matelas, ce qu’ils ne savent pas c’est que je vais littéralement baigner dans la flotte toute la nuit. Ils me proposent même un des leurs très « caliente » pour la nuit, je réfute…Je m’intéresse à leur vie, ils me raconteront les 4 mois ici, puis 40 jours chez eux, leur amour du paramo, le froid, la pluie, la neige, et la guerillera aussi, ils traquent tout individu armé, parfois les farqs prennent en otage des militaires, de toute façon ma sécurité est assurée pour la nuit, d’où ils sont ils me voient, qui plus est ils viendront faire des rondes dans la nuit. Ils sont plus de deux cents. Je mets un peu de piment dans leur vie de tous les jours. En tous cas je les remercie de ne pas m’avoir renvoyée d’où je venais, ça c’aurait été dur…

 J84
Vendredi 15 avril 2011

 Kilomètre 70 en contrebas d’un camp militaire caché dans la montagne – Paletara Distance parcourue : 23,66 km
Heures de vélo : 3H26’44 »
Vmoy : 6,8 km/h Vmax : 22,7 km/h
Température : minima : 8°, maxima : 31°
Dénivelée positif : 164 m
Dénivelée négatif : 349 m
Départ : 8 heures 30
Arrivée : vers 13 heures 30

Hier soir je n’ai pas écrit, trop fatiguée, trop mouillée. Nuit agitée, à chaque fois qu’un véhicule passe, mon campement tremble, normal m’ont dit les militaires c’est parce que je suis sur de l’eau, oui je sais que je suis sur de l’eau, là où j’ai posé ma tente je patauge sur environ 8 cm, j’ai mis ma couverture de survie, j’ai aussi mis mes sacs Winnie l’ourson, rien n’y fait je suis dans une humidité totale, entre ce qui vient du sol, ce qui vient du ciel, et ce que j’ai introduit dans la tente, et bien de l’eau il y en a, sauf pour boire, juste l’eau jaune que boivent les militaires, ils m’ont dit qu’elle était très pure, j’ai quand même mis une pastille, mais l’eau panélée et citronnée d’hier je l’ai bue, c’est peut-être ce qui m’a donné de la fièvre ce matin. A moins que ce ne soit les moustiques, ils sont très purs aussi les moustiques, enfin toujours selon les militaires, ils ne transmettent pas de maladie… A six heures j’entends les militaires roder autour de ma tente, peut-être m’apportent-ils mon petit déjeuner, mais ils ne me hèlent pas et je veux encoure profiter de la tiédeur de mon duvet trempé avant d’affronter la dure vie d’une cyclotouriste dans la Cordillère des Andes qui a décidé de prendre quelques chemins de traverse, et ce malgré les multiples mises en garde… Je flemmarde donc jusqu’à 6h30, jette un œil dehors le ciel est bleu, je me dépêche donc, je ne suis pas très en forme, je mange un peu, bois un peu d’eau (n’ai plus que ça). Je range mes affaires. Le soleil arrive (pas sur la tente, je suis sur des marécages à l’ombre des fourrés), j’installe quelques trucs sur le rebord en béton d’un cours d’eau pour qu’ils sèchent le temps que je charge mon vélo, notamment mes chaussures, mes gants. L’humidité froide il faut être dedans pour savoir ce que c’est… Je me dis que ce serait bien d’avoir une grande journée de soleil devant moi, je pourrais faire sécher mes affaires, ma tente et partir tranquillement après, non là je sais que ces minutes de soleil ne sont que des minutes, qu’à six heures il fera nuit, que la route (enfin si on peut appeler ça une route) est très difficile et que je ne sais pas où je vais pouvoir dormir ce soir, donc je n’ai pas intérêt à trainer… Les militaires reviennent, ils m’apportent du chocolat chaud et une grande arepa, même le chocolat chaud a du mal à passer, je vais à nouveau pas bien, j’ai de la fièvre, je le dis aux militaires qui me proposent des comprimés, mais j’ai du doliprane, j’en prends, ça va mieux, juste que ça me déclenche des acouphènes. Voilà mon vélo est chargé. Je prends le temps d’aller dire au revoir et merci aux militaires qui sont en train de faire leurs ablutions dans l’eau jaunâtre. Pour moi ce sera zéro ablution, d’ailleurs ce soir aussi, de l’eau j’en ai assez pris sur la tête toute la journée. D’ailleurs j’en reprends, je suis dans une chambre chez l’habitant, évidemment il pleut et évidemment il y a des fuites et mon matelas qui essayait de sécher il est remouillé. Me voilà donc partie, les militaires m’ont prévenue, il va pleuvoir. Mais là il y a du soleil et j’ai même chaud, je me découvre (pas trop mais suffisamment pour avoir froid quand le ciel se couvre et que la température redégringole en quelques secondes). Je me recouvre. La piste continue son cheminement, elle monte en suivant les crêtes mais reste encaissée au milieu d’espèces de talus. Je pédale ou pousse selon la pente. Je recroise d’autres militaires qui font aussi leurs ablutions et qu’entends-je ? Le tonnerre, oh la la que je n’aime pas cela. Nul endroit où me réfugier, pas de maison, l’endroit est désert, même pas un bas-coté où je puisse planter ma tente. Ca tonne dur derrière moi, puis sur ma droite. Bientôt je prends la pluie, un peu, beaucoup, passionnément. J’ai tout mis, cape, kwé (qui au passage a une belle couleur verte, mais déjà un trou et qui se mouille et ne veut plus sécher, et qu’au passage j’ai acheté d’occas au prix du neuf, bref je crois que le vert finira par me perdre)… En attendant le vert je baigne dedans depuis des jours et des jours… La pluie forcit, deux motards s’abritent sous un arbre, j’en fais autant, en fait ils s’habillent, ils repartent, j’en fais autant, je me dis qu’ils savent ce qu’ils font et si ils n’attendent pas c’est qu’il ne s’agit pas d’une averse de courte durée. Je manque de m’exploser, je n’y vois rien et comme la piste est faite de trous remplis d’eau (qui ne désemplissent jamais) et de cailloux enchevêtrés dans le plus grand désordre, c’est extrêmement dangereux de rouler dans ces conditions, donc je pousse à 2virgule quelque chose… Des que la pluie est moins forte et que la pente le permet je repédale. Des bornes blanches indiquant le kilométrage jalonnent la piste, et quand je pédale je les vois défiler, suis heureuse de passer la barre des 60 puis celle des 50. Quand je pousse c’est désespérant de les voir si éloignées les unes des autres… Je ne vois même plus mon compteur, celui-ci étant sous la cape cycliste. Je me force à m’arrêter pour avaler ma dernière barre chocolatée et un peu d’eau. Les militaires m’ont dit qu’il y avait un village à environ 27 km, je ne les crois qu’à moitié car hier d’autres m’avaient dit qu’il y avait une maison à sept kilomètres et rien du tout, raison pour laquelle cet après-midi j’ai refait provision de tout car soit-disant qu’il y a un village à 20 ou 30 kilomètres, je me méfie… Sur le chemin un camion s’arrête, me donne des galettes et me remets en garde sur le froid du paramo, je le rassure en lui disant que j’ai vraiment tout ce qu’il faut. Finalement je prends la pluie et non l’orage qui a tourné autour de moi. J’ai eu la chance ce matin dans une trouée de voir le volcan qui culmine à plus de 5000 mètres, je n’ai même pas eu le temps de le photographier, hop à nouveau dans les nuages et moi dans la pluie. Rarement un camion ou un bus me croise ou me double. Quand même de coup de pédale en coup de pédale, de poussage en poussage, je finis par déboucher sur un grand plateau et au loin je vois des pâturages, je me dis que si pâturages il y a, humains il y a, donc possibilité de me ravitailler, de trouver où planter ma tente. Je vois une maison, puis un campement militaire, vu leur tente ouverte à tous vents ils ne risquent pas d’avoir de problème de condensation… Bien sûr ils viennent me saluer, nous parlons, je leur dis que si je ne trouve pas où dormir cette nuit je viens mettre ma tente à coté de la leur, je les rassure en disant que ma tente est verte et qu’elle passera inaperçue. Ils me disent qu’il y a un hôtel dans le village, c’est faux. En revanche il y a au moins cinq restaurants, les camions et bus s’arrêtent là avant d’affronter ( car pour eux aussi c’est très dur, certains camions ne vont guère plus vite que moi) la piste qui est épouvantable, étroite, cailloux, trous, ornières, boue, enfin vous l’avez compris c’est difficile, et en plus il pleut tout le temps et même des fois ça gronde, et ça monte et c’est aux alentours de 3500 mètres, et rien pour se reposer… Donc c’est dur… Dans ce village pas d’hôtel mais en demandant une femme a une chambre qu’elle me loue, d’accord il pleut dans la chambre mais je peux pendre mes affaires et ma tente sous son préau (rien ne séchera…)et faire ma lessive avec elle, ce ne sera que les chaussettes qui de toute façon sont mouillées, mes culottes, et mon maillot bleu. Rien ne séchera évidemment, tout va repuer… Dans ce village très très pauvre d’une vingtaine de maisons, il y a un point internet mais fermé je ne sais pour quelle raison, il y a aussi une garderie d’enfants accueillant 15 enfants, les cinq restaurants font aussi épicerie mais avec pas grand chose, juste quelques boissons, des ships et des sucreries, mais j’ai trouvé mon bonheur. Voilà, c’était ma journée, aujourd’hui il n’y aura pas non plus d’ablutions, trop froid, trop humide. Ici ils font la cuisine au feu de bois et se tiennent dans la cuisine pour avoir chaud. J’ai essayé d’interroger la population: quel va être le temps aujourd’hui ? C’est compliqué. La guerillerra ? Là aussi c’est compliqué, je viens vraiment de passer une zone très tendue, plus loin ça l’est moins. Et c’est quand la saison des pluie ? Au mois de mai. Alors pourquoi il pleut tout le temps et qu’on est en avril ? C’est compliqué. Et le volcan c’est quand qu’il y a de la neige ? En décembre et en janvier. N’empêche qu’un des militaires me l’a montré tout enneigé sur son ijesaispasquoi et il m’a dit que c’était arrivé deux fois ce mois-ci, j’aurai bien aimé le voir enneigé, mais pour cela il faut qu’il pleuve plusieurs jours sans interruption et puis après il faut une trouée pour le voir, et pour le photographier il faut soit être prêt, soit une grande trouée, bref c’est compliqué. Au fait j’ai bien vu des frailejones mais ils étaient tout rabougris… Et pour faire une photo j’ai du faire preuve de grand courage vu la pluie. Tout à l’heure en cherchant le point internet j’ai vu deux grands touristes peut-être étrangers short et sandales au pied qui sortaient du bus, il y a pas avec mon pantalon plein de boue, mes cheveux dégoulinant et mon air de chouette, je suis en décalée…N’empêche j’étais super contente de trouver un village, ses restaurants, sa bonne soupe et un jus d’ananas délicieux aussi. Il a cessé de pleuvoir… J85 Paletara – Popayan Distance parcourue : 59,56 km Heures de vélo : 5H36’54 » Vmoy : 10,6 km/h Vmax : interférences électromagnétiques Température : minima : 13°, maxima : 23° Dénivelée positif : 297 m Dénivelée négatif : 1492 m Départ : 8 heures 30 Arrivée : vers 17 heures Sincèrement je pensais que le pire était derrière moi, que bientôt j’allais retrouver une route et la civilisation. Sauf qu’avant il y avait encore 30 km de piste à franchir et là le problème fut la boue. Mes pneus (excellents par ailleurs) ne sont vraiment pas adaptés à la boue, je manque de tomber une première fois, puis une deuxième, je me dis tant pis je pousse, puis j’en ai marre de pousser, je remonte sur le vélo et là quelques mètres plus loin je tombe, mais j’ai eu le temps d’actionner le siège éjectable et je ne me fais pas mal. Je repousse puis j’en ai remarre, je remonte sur le vélo, retombe, enfin presque j’arrive à arrêter la chute 10 cm avant que le vélo ne touche terre. Mon vélo est moi ne faisons qu’un, oui un bloc de boue, nous sommes dans un état, les deux chutes m’ont un peu ébranlée mais rien de grave et d’ailleurs j’en ai remarre de pousser, je remonte sur le vélo, c’est dur, je suis extrêmement concentrée, essaie de descendre quand c’est trop dur pour éviter la chute. Mais… la récompense de tous ces efforts est là : un paysage à couper le souffle, des bocages, des montagnes qui se coupent et se recoupent, toute la palette de vert, du plus fluo au presque noir, et de temps en temps une superbe maison, puis j’ai le droit à des orgues basaltiques, à des cascades et des cascades et encore des cascades, et bientôt des gorges et un rio. Amis cyclotouristes, autant je ne vous conseille pas la route que j’ai prise, autant je pense que faire un crochet en venant de Popayan vaut le coup, et ce malgré les 30km de boue. J’atteins le village de Cocono . J’y mange, une excellente soupe et un poulet excellent comme d’hab pour pas grand chose et après le village ? La route est goudronnée, elle descend et ? Il pleut… Mon dérailleur des pignons est coincé, ce qui fait que dans les montées soit je souffle comme un bœuf et transpire à mort, soit je pousse, ça me fait râler, la pluie aussi me fait râler, je ne profite pas assez de la descente. Bientôt je rejoins la route qui asse par La Plata, j’ai un peu plus de circulation, mais pas grand chose. A la bifurcation Popayan-Pasto, je me fais confirmer mon chemin, ce n’est pas possible que la route qui mène à Popayan soit si petite et si cassée, mais si c’est possible, n’oublie pas que tu viens d’un chemin de traverse qui aura duré 135km. J’arrive à Popayan, et là j’en prends plein les yeux. La ville coloniale (détruite en partie en 1983 par un tremblement de terre mais reconstruite à l’identique est toute blanche avec des balcons fleuris, des églises somptueuses. La recherche d’un hôtel est un peu laborieuse… Et le soir féérie : immense procession où vierges, policiers, Christ; éboueurs et croyants sont mêlés. Les tambours m’enivrent… C’est le début de la semaine sainte… Le festival va durer plusieurs jours. Tout le monde s’affaire, qui repeignant sa façade, qui nettoyant, qui rebouchant les trous de la route… Encore je me pose des questions sur ces colombiens si proches et si différents de nous. Parfois je vis vraiment des moments teintés de surréalisme… Arrivée dans l’hôtel je jette tous mes vêtements trempés et boueux dans la douche, elle sera effectivement chaude…

Bisous tout le monde…

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8 réponses à J81-J82-J83-J84 : El Trempolino de la Muerte acte II

  1. Monica dit :

    Quelle galère pour atteindre Popoyan ! Popoyan doit se mériter ?
    Oui c’est super d’arriver en pleine semaine sainte. Tu vas vivre des moments intenses. J’ai repéré de très belles églises. Profite bien de ces moments particuliers, il y aura certainement de riches rencontres. Oui il y a un coté très surréaliste dans le déroulement de ta journée.
    Besos

  2. GODARD Michel et Nicole dit :

    Que dire après cette lecture qui allie l’étrange, l’esthétique et toujours ton brin de folie qui te permet d’endurer mais aussi d’enmagasiner des souvenirs fabuleux! Je ne sais toujours pas si mes commentaires te parviennent puisque je ne les retrouve pas dans cette tribune où je ne reconnais personne. As-tu des nouvelles des Ours? Jean-Paul a démissionné à la suite de critiques pas toujours sympathiques et peu fondées à propos de l’objet de celles-ci : nos sentiers ODG!! Et puis la bonne volonté ne suffit pas pour gérer une communauté! Au moins son geste a permis à quelques copains de réagir et enfin de s’engager et à s’organiser! Au moins celà ira jusqu’à l’AG de septembre!! Mets-moi , à l’occasion, un message pour que je sache si ça communique; pour moi, je continue de lire tes CR régulièrement et toujours avec intéret. Je t’embrasse Michel

  3. pierre dit :

    bonjour
    he oui la saison des pluie, ca dure, de novembre a avril, surtout dans la montagne. et meme parfois plus.
    apparement tu as suivi le meme chemin que jeff kruys, en fait ya pas vraiment le choix. effectivbement il la aussi trouve tres difficile, et cest rare quil donne ce qualificatif. donc ca doit vraiment letre.
    a te lire japprecie dautant plus ma chambre confortable, la bouteille de vin et le jambon serrano, suivi de poisson frais avec pimientos. fraises a la chantilly en dessert. et le soleil printanier en permanence.

    allez, courage, plus quun million de kilometres.
    A + pierre

  4. Jean dit :

    El Niño
    Lu dans le Dauphiné :
    Depuis la fin de l’année 2010, la Colombie subit de plein fouet les effets du phénomène climatique La Niña, qui entraîne des précipitations particulièrement intenses et provoque des crues inhabituelles, des inondations et des glissements de terrain.

  5. Ton récit Françoise est palpitant. On se demande à la lecture quand ça va s’arrêter, jusqu’où ira ta force de continuer, si tu ne vas pas t’arrêter mais où s’arrêter ? On imagine bien la scène, de l’eau au dessus, en dessous, au milieu, de l’eau, de l’eau et encore de l’eau !
    Quel courage ! J’espère en avoir autant que toi dans quelques mois.
    Et puis au final, on finit toujours par être récompensé de ses efforts.
    Bravo Françoise, je t’admire derrière mon ordinateur, bien au sec, avec une tasse de café et en train de lire un livre passionnant qui s’intitule « Françoise chez les Incas ». J’essaye de trouver la série complète « Françoise et les Indiens du Machu Picchu », « Françoise en Bolivie », « Françoise du les traces du Che », tutti quanti.
    Pense aussi à te reposer !
    Des milliers de bises à toi

  6. Enzo dit :

    Hola,

    Joli entraînement :o)

    Maintenant tu n’as plus d’excuse pour ne pas passer par le Paso Mayer.

    Kisss

  7. Enzo dit :

    Hola,

    Petite question : pourquoi n’insères-tu plus tes photos directement dans ton article ?

    Je sais que cela prend plus de temps et que tu as hâte que tes articles soient publier, mais je préférais l’ancienne formule.

    Kissss

  8. ARDUIN-BOREL Marie-héléne dit :

    J’ai lu hier au soir, mais tard, ton récit. Très angoissant, comme toujours la « mère Françoise »
    arrive avec un courage exemplaire à passer les obstacles.
    Tu sais la boue c’est bon, certaines personnes en font des cures en thalasso, et ça cure le porte monnaie,
    toi c’est gratuit. Je rigole, maintenant que tu es presque au sec!
    Tu as le bonjour de Mado, elle est dans sa maisonnette, elle s’occupera de toi à son retour chez elle. Ici aussi elle est chez elle
    mais en vacances.
    Allez, fais nous encore de très jolis commentaires; Bisous mylaine.

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