J214 : la route diabolique J2…Rencontre de deux louvoyeurs diaboliques…

Lundi 22 août 2011

Izcuchaca – quelque part, je ne sais même pas sur quelle route je suis, juste je sais que je suis sur la bonne route…

Distance parcourue : 38,27 km
Vmoy : 9, 5km/h Vmax : 31,5 km/h
Température : minima : 18°, maxima : 39°
Dénivelée positif : 244 m
Dénivelée négatif : 466 m
Heures sur le vélo : 3H59’30 »
Départ : 9 heures 37
Arrivée : vers 17 heures

Résumé de la journée

  • Conditions météorologiques :
    grand beau temps, douce chaleur, vent modéré à fort en fin
    d’après-midi
  • Objectif : avancer, une fois la
    route goûtée je me fixe un objectif de 50km, puis 40, je n’en fais que 38…
  • Etat de santé : excellent et l’après-midi ventre retorpillage de ventre mais moins …
  • Particularités de la journée : bin c’était bien, même très bien… Je me la joue cool… Je suis bien, la température est agréable, la vue est sublime, j’ai fait une jolie rencontre,  les pierres ne me tombent pas dessus, que demander de plus ?

Les copains y doivent bien rigoler, parce qu’en sortant du village, juste après le
village, à la sortie du pont le goudron a disparu et la piste est là bien réelle avec ses trous, ses pierres, son sable, son gravier et pièges de toutes sortes. Ceci étant dit la piste est « cyclable », ce n’est pas comme dans la Vuelta où c’était poussage, retenage,portage… Ce matin après quelques dernières photos dans la
minuscule ville d’Izcuchaca

Jolie gare…

Sans train

Aux maisons parfois décrépies

Aux brouettes dotées d’un balai écolo

Au pont sublime

Et un internet ultra-lent, mais internet quand même parce que ce soir, c’est
rien…

Après les photos donc je m’occupe un peu de mon vélo car le cliquetis d’hier me gène, nettoyage en douceur chaine et pignons, regraissage, je tâte mes
pneus, ils auraient besoin d’être regonflés, j’ai la flemme, je me dis que je le ferais plus tard… Excellente idée vu la piste… Je vais jusqu’à me demander si je ne me suis pas trompée de route,
j’ai bien vu qu’à la sortie du pont des gens attendaient, mais je me
dis que peu-être la route goudronnée est la route au-dessus .
Évidemment il n’y a personne à qui demander et la circulation est
quasi absente. Une voiture me croise, je l’arrête pour me faire
confirmer mon chemin, oui c’est bien là… Donc c’est parti pour la
piste diabolique…

Alors sur piste il vaut mieux avoir des pneus sous-gonfflés, c’est Daniel qui l’a dit (Daniel c’est le tourdumondiste) et tout ce que dit Daniel est vrai,
et c’est vrai que je dérape moins. Je vais bien sur la piste, je prends de plus en plus confiance en moi, trop… La suite le confirmera…

Voilà je navigue encore dans le sublime, je descends toujours le même rio, le soleil brille, la température est douce, je mets mes jambes à l’air et
pour moi c’est un bonheur suprême. Je traverse un village-gare sans
train…C’est jour de marché, je flâne…

Le modernisme

Se mêle sans problème à la tradition, comme dans tout ce pays

A la sortie du village un pont, je le passe à pied comme tous les ponts péruviens
depuis que j’ai failli m’exploser sur le pont en criant « Lucho, Lucho j’ai un problème avec mes freins » et je fais bien, vu les trous…

Au marché je m’achète une ceinture dans l’idée de l’utiliser pour faire une
rallonge à ma tente, me reste à trouver l’œillet et l’homme qui
fera ça. L’homme qui fera ça, j’en ai rencontré un  l’autre jour,
il était sur le bord de la route avec sa machine à coudre, j’ai
même défait ma tente pour lui montrer ce que je voulais mais il
n’avait pas le matériel… Je vais finir par y arriver à faire
cette rallonge pour ma tente. Deux vendeurs vendent des trucs pour
vélo, oh ça ne va pas chercher loin, l’un des pneus, l’autre des
jantes qui ont l’air d’être en plastique mais pas de démonte-pneus,
là aussi je finirais bien par trouver…

La route sublime suit le rio.

Il est 11h 50, je crois n’avoir fait que 18 km quand arrive un restaurant champêtre et
en plus ils font des papas à la Huancaïna. Ce n’est pas l’heure
mais je m’arrête et tombe à nouveau dans un coin de paradis…

Qu’il a été dur de m’en extraire surtout que la dame elle me proposait l’hospitalité, un mois si je voulais, pour moi et l’autre diable. Oué parce
qu’après avoir terminé mes papas, les six délicieux petits pains
et ma cerveza, j’avais sorti mes ciseaux achetés à Huancayo dans
l’idée de déséffiler l’effilage de cheveux de Loja qui empêchent
mes cheveux de friser, quand la dame me dit « un collègue à
vous » Je regarde, je vois Christophe passer sur son vélo
couché, je crie, il passe son chemin mais il a du capter car il
revient.

Oué Christophe je l’ai rencontré après la descente diabolique de Pallasca dans le
canyon (l’avant-dernière étape de ma vuelta et pour passer là faut
être fêlé de chez fêlé), c’est lui qui s’est gamellé 20 fois,
c’est dans son lit que j’ai dormi pendant que lui était parti à la
Casa de Ciclista chercher du matériel pour son frein à disque qui
avait cassé. Son copain (avec qui j’ai partagé la chambre, pas le
lit, vous me suivez ?) venu pédaler quelques semaines avec lui est
retourné en Suisse et Christophe continue son chemin. Aujourd’hui
Christophe ne va pas se gameller, ce sera moi, mais chut je l’ai pas
encore dit et pas vingt fois, une seule fois et splash à plat ventre
dans l’eau… Donc Christophe et moi nous faisons plus ample
connaissance et nous nous apprécions…

J’essaie son vélo, j’ai les jambes trop courtes, mais ça peut se régler… (le vélo, pas les jambes…)

Christophe est suisse (suisse allemande, nous parlons espagnol). C’est lui dont j’ai pris la chambre dans cette ville si inhospitalière, lui qui m’a
doublé dans le canyon del Pato, lui que j’ai retrouvé ensuite
sortant d’une retenue d’eau trouble… Apparemment il n’en est pas
mort, mais les parasites ça peut mettre des semaines à sortir… Il
n’a été malade qu’une seule fois mais il fait attention à ce qu’il
mange, pas moi… Il va me raconter la Selva du Pérou (où il a du
faire demi-tour pour des problèmes de sécurité, en ce moment
l’armée a lancé une grande offensive contre les producteurs de
drogue, il vaut mieux ne pas être au milieu), je lui raconte
l’Amazonie enchantée. Il me raconte Cotopaxi, je lui raconte
Ishinca, ma neige était excellente, la sienne était pourrie… Il
me donne des idées de chemin de traverse, déjà que j’ai les
miennes, et bien mes aïeux je ne suis pas arrivée à Ushuaïa. Il
n’a pris aussi qu’un aller simple, il louvoie comme moi, et les
louvoyeurs ça se rencontrent forcement un jour… Il pense que
jusque mars, avril Ushuaïa c’est praticable. Sauf que lui fait en
une étape ce que moi je fais en deux, normal, il reste couché toute
la journée et il a la moitié de mon âge moins cinq ans, et vu ce
que j’ai fait de ma vie, il y a quelque dégâts… Il me propose de
faire un bout de chemin ensemble, je refuse, je sens que je ne vais
pas aller à ma vitesse et me mettre dans le rouge… On regarde
ensemble le parcours qui nous attend, il a un machin électronique
avec tout : les cartes, le dénivelée. Bon les montées diaboliques
ce n’est pas 4000 mais plus de 5000 mètres avec redescente à 2000
et des pentes je vous dis pas. Je prendrais mon temps mais y
arriverai… Il a prévu de se reposer un jour avant la grande
attaque, moi je me reposerai dedans quand je serais nase, donc il est
possible que nous nous revoyons… La preuve, lui a louvoyé dans la
selva, moi dans l’altiplano et nous voici tous les deux au même
moment sur cette route diabolique… Il a vu des oiseaux bleus, j’ai
vu des oiseaux qui envoyaient des éclairs avec leurs yeux, ça va on
est quitte… Il me montre une boucle possible pour aller en Amazonie
en Bolivie, à condition qu’il n’y ait pas les mêmes problèmes de
sécurité qu’au Pérou, allez on verra bien… Pour l’instant mon
objectif c’est Cusco. Jean G. (un autre cyclotouriste) (pas Jean mon
frère, ni Jean Philippe mon dessinateur préféré, ni Jean-Luc à
moitié écrabouillé par une voiture au Vénézuela mais qui va vite
se remettre et repartir) Jean G. a fait le trajet en bus, 24 heures
de bus, donc pour moi 24 jours… Surtout que je croyais avoir du
goudron encore 120km…

Nous nous quittons, je n’ai donc pas massacré mes cheveux, je résiste à la
tentation de rester dans mon petit coin de paradis et j’y vais, j’y vais tellement bien que  je me gamelle, mais bien, dans un trou d’eau.

Le vélo n’a rien, moi j’ai mal au petit doigt de la main droite, au poignet et coude
droit et surtout au genou droit, mais rien de cassé, rien d’ouvert,
ce n’est pas grave, j’aurais du mettre pied à terre

Je reprends la route, je me dis que j’ai pêché par excès de confiance et que je
dois me calmer, bon ça ne m’empêche pas de faire du 31 à l’heure
en descente sur piste, de ne plus mettre pied à terre dans les
virages de sable et de gravier, de doubler un camion pour ensuite lui
faire presqu’une queue de poisson, car si ma chute ne m’a pas
déstabilisée, en revanche mon échafaudage sur le porte bagage a
été chamboulé et je suis en train de tout perdre. Ce soir à
froid, comme je m’y attendais, mon genou me fait mal et je boite un peu,
mais je sens que rien n’est cassé, juste un bon coup et peut-être
aussi une petite torsion, demain matin je vais souffrir mais une fois
chaude ça ira.

Le rio imperturbable continue son chemin…

Ce pont-là à cinq heures de l’après-midi je ne l’aurais pas pris, le vent
soufflait si fort qu’il emportait avec lui un nuage de poussière
pire qu’un épais brouillard…

Je continue, je suis bien, la température est agréable, la vue est sublime, j’ai
fait une jolie rencontre,  les pierres ne me tombent pas dessus, que
demander de plus ?

Des girafes en bouton me font de petits clins d’œil

Et le rio trace, puis paresse

J’ai droit à mon petit tunnel

Les heures passent, le jour baisse, le soleil se cache dans les gorges et le
vent souffle de plus en plus, mon ventre aussi se réveille, vite je
me recouvre.

Je trouve le rio un peu paresseux, normal il y a un barrage, je ne le photographie
pas, c’est interdit. Et là la route est cimentée, chouette je pense
que c’est tout cimenté pour le barrage, non c’est juste sur 80
mètres devant le bâtiment du barrage. Un peu plus loin je me
demande si c’est une aire de jeux, il y a une grande affiche avec un
militaire un peu bizarre, non c’est un camp de militaires, là la
route est goudronnée, je me dis chouette ils ont tout goudronné
pour les militaires, non c’est juste devant sur 90 mètres… Arrive
un tout petit village, il se fait tard, je n’ai pas rempli mes
objectifs, mais ce n’est pas grave, je m’arrête. Je trouve un hôtel
plus que rudimentaire où je me sens super bien. Un euro 25 la nuit
quand même. En à peine plus de cinq minutes j’ai envaji les lieux à
ma manière…

Il n’y a pas de
douche, je demande à la dame si elle peut me faire chauffer de
l’eau, elle le fera avec un feu dehors alimenté cette fois-ci avec
des épis de maïs. Le soir je vais manger au resto et faire mes
courses pour le lendemain. On appelle la moitié du village pour voir
la gringa, on s’étonne du fait qu’elle sache prononcer les r…

Ce soir la gringa est contente de sa journée, n’a plus mal au ventre, c’est parti
comme c’est venu, sauf que là ça revient par pics, en revanche elle
a vachetement mal au genou, Et aussi à la main,la gauche cette
fois-ci, vachetement mais pas diaboliquement… Donc ça va, bisous
tout le monde…

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